À l’invitation du centre d’art
contemporain Passages, le FRAC Champagne Ardenne a conçu une
exposition dans laquelle sont principalement réunies des œuvres
appartenant à sa collection, mais également des œuvres
produites spécialement à cette occasion et des performances
qui seront présentées par certains des artistes le
soir du vernissage de l’exposition.
Le « storytelling », ou l’art de raconter des histoires. Cet
anglicisme, entré ces dernières années dans le langage courant,
qualifie notamment la manière dont les hommes politiques orientent aujourd’hui
leurs discours pour mieux manipuler l’opinion publique. Toutefois, bien
avant d’être une « arme de distraction massive »1, le « storytelling » trouve
son origine dans une tradition ancestrale de la transmission par voie orale,
bien antérieure à l’invention de l’écriture.
Un des exemples les plus emblématiques de ce mode de communication et
d’échange trouve sa source en Afrique, où les conteurs déclamaient
la vie de leur tribu au travers d’histoires mêlant allégrement
fiction et réalité. Cette tradition a ensuite perduré chez
les esclaves noirs américains, qui trouvaient dans ces récits un
moyen d’évasion et de résistance face à leurs conditions
de vie dramatiques.
Les différents artistes réunis dans l’exposition Storytellers
ne s’inscrivent pas nécessairement dans une tradition de l’oralité.
Néanmoins, entre mythologie personnelle, relecture d’événements
historiques ou récit d’anticipation, ils cherchent tous à stimuler
notre imaginaire par une amorce de narration, ouvrant ainsi une multitude de
possibles. Marcelline Delbecq et Tris VonnaMichell, par le biais de récits évoquant
l’errance et la perte d’identité, nous transportent dans des
univers fictionnels, mais entièrement nourris de leurs propres expériences.
Les œuvres de Catherine Sullivan, Willie Doherty, Wilhelm Sasnal et Luca
Vitone convoquent des moments emblématiques de l’Histoire récente,
tandis que Glenn Ligon revient sur cette histoire douloureuse de l’esclavage évoquée
plus haut, avec une série de lithographies qui brouillent les pistes entre
la part fictionnelle et la démonstration historique.
Le livre de dessins de Raymond Pettibon permet d’appréhender l’autre
face du rêve américain, tandis que Matthew Day Jackson, convoquant
des icônes de la culture américaine, développe une réflexion
aussi prophétique que pessimiste, et que Jeremiah Day, à travers
son installation, revient quantà lui sur l’histoire d’un groupe
de poètes irlandais émigrés aux ÉtatsUnis. Sont également
présentées dans l’exposition une interprétation toute
personnelle du mythe de Faust par Bernhard Rüdiger, une variation autour
de la figure de Peter Pan par Lothar Hempel et un album de famille recomposé par
Tacita Dean. Ainsi, à l’image de la sérigraphie de Cameron
Jamie, cette exposition fait vaciller nos certitudes, nous emmène vers
des histoires et des paysages fantasmés, et permet d’imaginer un
horschamp potentiel d’où émergerait un supplément
de sens.
Commissaire de l’exposition : Antoine Marchand
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