Si de
Bernar Venet l'on sait qu'il a réuni
au fil des années un formidable ensemble d'œuvres d'artistes
majeurs, l'on avait encore jamais eu l'opportunité d'une confrontation
entre ses propres œuvres et les pièces de ses contemporains,
souvent amis, qui composent sa collection privée.
Découvrir Bernar Venet à la fois artiste et collectionneur,
c'est l'idée originale d'Alain Mousseigne, directeur des Abattoirs,
qui invite le public à plonger dans "Le monde de Bernar
Venet". Plusieurs œuvres importantes, représentatives
de a carrière de l'artiste ponctueront le parcours d'une exposition
qui entraîne le visiteur au coeur des mouvements artistiques
de la seconde moitié du XXème siècle : Nouveau
Réalisme, Arte Povera, Minimalisme ou encore Art conceptuel
.
Elles seront pour la première fois mises en regard de pièces
magistrales d'une cinquantaine de personnalités artistiques
que Bernar Venet a côtoyé tant à Nice, qu'à Paris
ou à New York, tels Duchamp, Arman, Cesar, Kounelis, Merz,
Flavin, Kelly, Sol Lewitt, Morris, Noland, Judd, Serra, Stella, Tinguely,
Weiner, West...
Le propos de l'exposition
illustrera alors tant la cohérence
des choix du collectionneur et la subtile complicité qui le
lie à ses amis, que le terreau qui nourrit sa propre création
: Venet in context.
Un artiste, ses œuvres
et sa collection pour une seule exposition…
Découvrir la collection personnelle de Bernar Venet ouvre
un monde où s'articulent les données fondamentales
de ses propres créations : la transcription du concept et
de l'idée dans la matérialité de l'œuvre.
Ainsi, Goudrons, Cartons et équations mathématiques
peints à l'excès, tout comme la franche matérialité des
combinaisons aléatoires des grandes sculptures d'acier, configurent
investigations conceptuelles et sens des matériaux.
Il n'est donc pas étonnant qu'il ait été touché très
tôt – à partir de 1966-67 à New York -
par les propositions des artistes minimalistes et conceptuels américains,
tout en rappelant que la radicalité et l'anti-conformisme
des œuvres de ses amis les Nouveaux Réalistes (rencontrés à Nice
dès 1963) ont stimulé son sens du risque.
Dès lors, il n'y a rien d'innocent à ce que Bernar
Venet acquière très tôt, sous forme d'échanges
ou d'achats, des pièces aujourd'hui historiques d'Arman et
de Tinguely…, de Weiner, d'On Kawara, d'Art & Language,
de Dan Graham… de Kounelis ou de Richard Serra… de Kelly,
Tony Smith, Carl André, Judd, Flavin, Stella et Sol LeWitt… ou
encore, des toiles aussi raffinées en leur déconstruction
que celles de Noland ou Motherwell ou Robert Morris. Ainsi se croisent
des mondes où résonnent l'écho réciproque
de subtiles affinités.
Cette collection témoigne vertigineusement d'un goût
particulier pour l'expression de la sobriété, "un
art du contenu plus que de la surface" aime à dire Bernar
Venet. Elle rassemble les œuvres de plus de cinquante artistes
qui sont autant de ténors dans l'histoire de l'Art de la deuxième
moitié du XXe siècle, les plus fameux représentants
du Nouveau Réalisme, du minimalisme et de l'art conceptuel
avec lesquels Venet n'aura eu de cesse d'échanger et de construire
entre Nice et New York, entre Europe et Etats-Unis.
Ces œuvres sont "l'histoire de moments intimes avec les
artistes de ma génération que j'ai fréquentés".
Amassées au fil du temps dans l'amitié, le partage
et les coups de coeur, elles sont offertes aujourd'hui pour "rendre
ce que j'ai eu".
Dans la logique d'autres
accrochages consacrés à de
grands collectionneurs aux Abattoirs (Anthony Denney, Daniel Cordier,
Rodolphe Stadler, agnès b.), cette exposition permet de poursuivre
encore la réflexion sur les mécanismes profonds qui
lient la personnalité du collectionneur aux œuvres et
aux artistes qu'il choisit, et, pour Bernar Venet pourrait-on dire,
qui le choisissent, puisque l'artiste poursuit parallèlement à ses
rencontres la trajectoire de ses propres recherches.
Faut-il voir dans sa collection
un terreau nourricier ou, tout simplement, un univers rassurant
et familier où se reconnaître dans
l'intégrité de chacune des démarches ? D'où la
volonté de mêler dans cette exposition – un peu
comme en ses appartements et dans sa future Fondation – un
choix de pièces de sa collection et de ses propres œuvres,
afin de mieux comprendre la cohérence d'un goût, la
rigueur et l'intelligence des principes mis en œuvre dans l'acte
de création.
Enfin, il s'agissait aussi
pour les Abattoirs de faire suite à l'intérêt
profond que nous portons depuis longtemps au travail audacieux de
Bernar Venet qui s'est traduit, il y a deux ans, par l'acquisition
du grand arc 222,5°x5, au moment où il installait la commande
publique de la Station Barrière de Paris de la Ligne B du
Métro à Toulouse.
Alain Mousseigne
Commissaire de l'exposition
Directeur Général des Abattoirs |