Une plume dans le Qi
Dans une autre vie, j’ai dû être indien ou oiseau,
déclare Olivier Leroi, ou bien c’est la manière
qu’a eu mon grand-père de me confier une plume de geai
offerte par la forêt, qui me l’a fait accepter comme un
trésor. En réponse à l’invitation du Granit,
Olivier Leroi propose un contrechamp subtil aux caractéristiques
architecturales complexes et massives du lieu, en revisitant son oeuvre à l’aune
du « tiroir plumes » et en sélectionnant principalement
des « dessins », des collages-assemblages de petits formats
qui intègrent l’élément plume, plume dont
il donne cette définition : un morceau de vivant qui a l’air
fini, une partie de l’oiseau qu’il peut perdre sans s’en
apercevoir, laissant à celui qui la trouve la mémoire
de son vol. Forestier, avant de suivre l’Institut des hautes études
en arts plastiques à Paris, Olivier Leroi (né en 1962)
est basé en Sologne et fonde sa pratique artistique sur sa propre
expérience de vie, sur ce qui le relie au milieu qu’il
habite. Au cours de ces dernières années, différents
projets l’amènent à voyager en Afrique, M exique,
Antarctique, ou en Suède ; au terme de « voyage »,
il préfère celui de « forage » car la création
est ici, là-bas et autre part, avant tout un mode d’être-au-monde,
un outil de connaissance poétique, sensorielle, symbolique du
vivant. Souvent empreinte d’une proximité avec la nature
-les éléments, l’animal, le végétal,
l’énergie vitale (le Q i)-, l’oeuvre semble se développer
comme en ricochet ; les formes diverses que prennent les réalisations
d’Olivier Leroi ont en commun la particularité de révéler,
de perturber de questionner, tout en créant chez le spectateur
les conditions d’un abandon, d’un lâcher-prise. Car
l’artiste excelle comme jongleur, avec les mots, les images,
les formes, il a recours aux écarts de langage, aux distorsions
de sens, au burlesque, à l’absurde, aux collages, et « mine
de rien », dans une insoutenable légèreté,
ce qu’il active en chacun de nous, s’étire de l’enfance
jusqu’au mythe.
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