Michel
Huelin entretient depuis plusieurs années
des rapports équivoques avec la nature. Peintre, il avait
un temps quitté ses pinceaux pour les logiciels, plongeant
virtuellement le spectateur dans l’illusion d’un environnement
naturel pourtant généré par ordinateur. De ces
variations phénotypiques rendent compte des images numériques
(tirages lambdachrome, impressions jets d’encre et films d’animation)
d’une troublante volumétrie. Huelin emprunte la technologie
la plus poussée pour définir ses invasive species (ainsi
que l’artiste les désigne lui-même) dont l’extension
devient vite incontrôlable. « Aujourd’hui, remarque-t-il,
on est dans la manipulation complète. Les mutations, les catastrophes
naturelles, les anomalies s’enchaînent dans une sérénité trompeuse. » Partant
d’une réflexion sur la situation des organismes génétiquement
modifiés, Huelin ne cesse de brouiller les pistes, de proposer
ses propres visions hybrides mêlant le naturel et le virtuel,
le plausible et l’irréel, l’ironie mais aussi
l’oppression. « Le virtuel, remarque encore Huelin, est
un outil formidable pour parler du réel et de ses contraintes ».
Ces représentations possibles d’un écosystème
du futur provoquent autant l’appréhension que la fascination
quand on s’aperçoit que des éléments "abstraits" comme
les images de simples coups de pinceaux s’intègrent
aussi "naturellement" dans le paysage. La disposition des
feuilles de certaines formes végétales suit parfois
l’ordre alternatif du pattern botanique, quand d’autres
formes non organiques, donnent pourtant l’illusion de la réalité même
si, comme l’indique Michel Huelin "cette prolifération
est quantifiable, le fouillis et le désordre sont fictifs
et ne cherchent pas à passer pour réels." Depuis
quelques mois, Michel Huelin s’est remis à la peinture,
signifiant par là qu’il reprenait l’image en main,
lui redonnant cette épaisseur (la peinture alkyde) dont le
pixel est dépourvu. Comme si l’artiste voulait ici renforcer
le réalisme du sujet, pour ainsi dire au second degré :
Sous-bois aux feuilles frémissantes, architecture en ruine
et serre abandonnée n’ont d’autre existence que
dans l’imagination de l’artiste. Si la ligne du dessin
source est un schéma inventé par ordinateur, l’exécution
procède d’une agrégation de traits au pinceau
fin, lequel n’est pas sans évoquer un patient travail
de burin. Peinture contre pixel, le geste de la main prolongeant
le corps tout entier penché au-dessus de l’ouvrage transforme
peu à peu ce tracé proliférant en une écriture
calligraphique vibrante pour décrire ces lieux imaginaires
où le temps serait lui-même végétatif.
Bernard Zürcher
Né en 1962. Michel Huelin vit à Genève.
Expositions personnelles (depuis 2006) :
- 2010 "Uncontrolled Growth_Alkyd & Pixels", Galerie
Zürcher, Paris
- 2009 "Phytotron", Fabian & Claude Walter Galerie,
Zürich ; "Uncontrolled Growth", Zürcher Studio,
New York
- 2008 "Floating Device",
MOCA Cleveland, USA
- 2007 Galerie Blancpain
Art contemporain, Genève, CH
- 2006 "Xenobiosis",
Abbatiale de Bellelay, CH
Expositions de groupe (depuis 2006) :
- 2009 "Genipulation", PasquArt Kunsthaus/ArtCenter, Faubourg
du Lac, CH ; "Nature en kit", MUDAC, Lausanne, Suisse ; "Chassez
le naturel...", Villa Bernasconi, Grand Lancy, CH
- 2008 "I Love Jenish", Musée Jenish, Vevey ; "Freakish
Nature", Fabian & Claude Walter Galerie, Zürich
- 2006 "Version animée", Centre pour l’image
contemporaine, Genève |