La galerie Jean Fournier est heureuse
de présenter
une exposition en hommage à Michel Parmentier.
L’année 2010 marque la dixième année de
sa disparition. Cette exposition fait suite à celle intitulée « Color
Chart : Reinventing Color, 1950 to Today » qui s’est tenue
au MoMA à New York puis à la Tate de Liverpool où une
bande bleue, 15 avril 1966, a été présentée.
L’exposition regroupera trois peintures sur toile de 1961 à 1963
ainsi que des bandes réalisées à partir de 1966.
Au début des années soixante, Michel Parmentier et
Daniel Buren fréquentent l’atelier de Simon Hantaï.
Le rôle et l’influence de ce dernier sont déterminants
pour ces deux artistes. En 1966, Daniel Buren, Olivier Mosset, Michel
Parmentier et Niele Toroni créent BMPT et présentent
leur travail à l’occasion de quatre « Manifestations ».
Michel Parmentier, en désaccord avec les artistes, quitte
cette association en décembre 1967.
Jusqu’en 1965, Michel Parmentier insère et colle sporadiquement
des papiers d’emballage et de journaux sur ses toiles. Ces
matériaux importés intéressent l’artiste
pour leurs motifs pré-existants ou leur couleur. Parfois il
choisit d’arracher des morceaux de ses toiles pour les recouvrir à nouveau
mais différemment. Cette démarche délibérée
rend visible les gestes de l’artiste. La surface de la toile
présente de nombreuses couches dont chacune révèle
sa voisine plutôt que de la dissimuler. Cette juxtaposition
de papier et de couleur laisse voir ce qui pourrait se rapprocher
d’un repentir, traces des hésitations qui constituent
justement ces oeuvres.
Des formes géométriques peintes en noir ou gris puis
recouvertes d’une couche de peinture blanche sont discernables
dans les peintures de cette période. La couche picturale n’est
pas passée de façon uniforme, la peinture coule à certains
endroits. Les papiers collés et parfois recouverts de peintures
accentuent l’impression de diverses strates.
Ces trois huiles sur toiles, où la blancheur domine, laissent
entrevoir des couches précédentes dans des tonalités
de gris proche du mauve. Ainsi dans Peinture n°6, un bandeau
dans les tons de noir et de gris bleuté vient affirmer la
blancheur de la toile et l’impression de strates. L’artiste
laisse apparent au centre de la peinture de 1961 du rose fushia et
du brun, touches colorées qui viennent là aussi renforcer
cette idée de « mille feuilles ».
Alors qu’aux premiers regards nous ne voyons pas forcément
de continuité entre les huiles sur toiles d’avant 1966
et les bandes, nous retrouvons dans chacune d’elles la recherche
de l’appauvrissement et de la dématérialisation
de l’œuvre que vise l’artiste. Peinture n°6
peut-être considérée comme une prémisse
des bandes. En effet, le travail avec le papier argenté laisse
apparaître une scission du plan et de la surface. Le bandeau
non recouvert de blanc rappelle l’horizontalité des
bandes de même que la surface structurée des deux autres
huiles présentées à cette exposition.
De 1965 à 1968, Michel Parmentier peint des bandes horizontales,
de couleur unique, alternant avec les bandes blanches de la toile.
Chaque bande mesure 38cm de largeur. La surface de chaque bande se
distingue des huiles sur toile par leur régularité et
leur aspect lisse. La galerie Jean Fournier présente deux
bandes bleues de 1966, deux bandes grises de 1967 et une bande rouge
datant de 1968.
Les premières bandes de Michel Parmentier sont réalisées
de façon moins radicale que celles produites dès 1966.
Pour les premières, l’artiste délimite les bandes
par de l’adhésif ce qui laisse des traces et les peint à la
verticale suscitant alors des coulées de peinture. Pour les
suivantes, il décide d’obtenir un résultat identique
en répétant, de toile en toile, les mêmes gestes.
Il commence tout d’abord par passer une couche préparatoire,
puis plie et agrafe la toile lui permettant d’obtenir des bandes
qu’il bombe uniformément de couleur. L’étape
finale consiste au dépliage de la toile. Contrairement aux
huiles de 1961 à 1963, ce procédé affirme l’idée
que l’œuvre implique une certaine discrétion de
l’artiste vis-à-vis d’elle, aucune trace de son
geste ne doit être visible. Michel Parmentier s’autorise
cependant à apposer une marque discrète de l’inscription
dans le temps de la réalisation de la toile. Il tamponne son
revers de la date de fabrication affichant le jour, le mois et l’année.
Face à la radicalisation de cette procédure, le choix
de la, puis des couleurs est délicat. Michel Parmentier désire
trouver des couleurs en correspondance avec ce système. Il
opte pour des couleurs types, par exemple un bleu qui puisse être
symbolique du bleu seulement.
Souhaitant éviter « qu’une éventuelle
signification puisse être donnée à une couleur
unique préférentielle voir obsessionnelle ou symbolique » Michel
Parmentier change de couleur chaque année. Ainsi en 1966 il
réalise des bandes bleues ; en 1967 des bandes grises ; en
1968 des bandes rouges et à partir de 1983 des bandes noires. |