Poussière dansant dans un rai de lumière
verte
Isabelle Lévénez aime à manier les contraires
et l'ambiguïté. Les images, les titres de ses œuvres,
les phrases qu'elle écrit sont autant de " jeux d'ombres
et de lumières qui définissent la posture générale
de l'artiste, développé par les multiples pièces
de son travail tournant autour du thème du secret ",
nous proposant une réalité fragmentée, un jeu
entre innocence, rêves et fantasmes, entre douceur et violence.
Pour sa première exposition personnelle à la Galerie
Isabelle Gounod, l'artiste présente une installation vidéo
(2010) " Poussière dansant dans un rai de lumière
verte ". Ces vidéos présentées sur des écrans
encastrés dans des cloisons rouges, offrent des fragments
d'images d'un paysage nocturne filmé en infra rouge, baignant
dans une lumière verte, accentuant ainsi la tension du regard,
celui de l'artiste qui observe la scène. Le corps absent de
l'image est néanmoins omniprésent : il est caché,
dissimulé. Il est question ici de corps/paysage, du corps
absent qui demeure objet inquiétant et intriguant, corps de
tous les désirs.
L'artiste confirme dans
ce dispositif son intérêt pour
l'exploration du corps comme espace à découvrir, réaffirmé dans
ces images par l'élaboration de son espace intérieur,
de sa vision du monde. Celle installation est associée à un
mur d'écriture à la craie, forme d'expression qu'Isabelle
Lévénez utilise comme un matériau, en écrivant
directement sur le mur de la main " gauche ", une phrase
répétée. Il s'agit ici du titre de la pièce
: " Poussière dansant dans un rai de lumière verte ".
Autre versant de l'expression d'Isabelle Lévénez, les
dessins à l'encre aquarelle, associés à des
feuilles d'écriture à la craie.
Isabelle Lévénez est née à Nantes en
1970. Elle vit à Trélazé (49) et enseigne depuis
2001 à l'Ecole supérieure des Beaux Arts d'Angers.
Depuis 1991, son travail explore et interroge le corps comme espace à découvrir,
motif et sujet central de l'œuvre, à travers plusieurs
medium : dessin, installation vidéo et photographie.
En 2001 elle a obtenu
le Prix de la Villa Médicis hors les
murs (Los Angeles).
Son travail est régulièrement exposé en France
et à l'étranger, New-York, Boston, Milan, Berlin, Moscou,
Bratislava, Budapest, Prague, Amsterdam, Rotterdam, Ottawa, Tokyo,
Reykjavic... Différents lieux lui ont consacré des
expositions personnelles et collectives, notamment : " Impressionnisme
et Art Vidéo : la lumière en écho " Rouen
(2010), "Conversations intimes" Musée de Beauvais
(2010), Isabelle Lévénez " Portraits fragmentés,
vidéos/dessins " - Musée des Beaux-Arts d'Angers
(2009), ARTE video night" Centre Pompidou - Paris (2009), "Pierres,
feuilles, ciseaux" Musée de la chasse Paris (2009), "Masques" galerie
Aéroplastics Bruxelles (2009), "(Des) accords communs" FRAC
Haute Normandie (2009), Festival vidéo d'Osaka - Japon (2009),"Visions" -
Centre d'art de Pontmain (2008), Rencontres internationales Paris/Berlin/Madrid,
Musée Reina Sofia Madrid (2008), Exposition de leur temps
2 - Coll. privées la DIAF - Musée de Grenoble (2007), " Noli
me tangere " CCC Tours (2006), " Ultra peau " Palais
de Tokyo (2006), "Bleu, blanc, rouge" Galerie Duchamp à Yvetot
(2006), "profils" oeuvres des coll. du FNAC et des FRAC
Musée Péra Istambul et Musée Bénaki Athènes, " Corps-Ecran " Espace
Paul Ricard (2005), Le Lieu unique à Nantes (2004), Centre
d'art de St-Fons (2002), Frac Haute-Normandie (2002), Centre national
de la photographie (2001), Frac Alsace (2000), Musée Zadkine
Paris (1999), Fondation Guerlain, Paris (1999), La Box à Bourges
(1997)...
Ses œuvres sont présentes dans les collections privées
et publiques : FNAC Île de France, FRAC Bretagne, FRAC Haute
Normandie, FRAC Alsace, Musée des Beaux Arts d'Angers, du
FNAC Ile de France, FDAC Seine Saint Denis, Maison Européenne
de la Photographie, Collection de la SACEM...
Au-delà du principe de réalité
Pour ceux dont la fréquentation du travail d'Isabelle Lévénez
est ancienne, et pour en informer quelque peu les autres, une idée
très simple semble venir tout naturellement à l'esprit
: le corps qu'elle met si souvent en scène – encore
que l'expression laisse entendre plus qu'une " façon
de parler " – n'a qu'une présence fugitive, impersonnelle,
inadéquate même, car ce que l'artiste semble viser se
situe toujours au-delà ou en deçà, ailleurs
en tout cas. Pourtant, ce corps est toujours là et, tout comme
le nôtre (celui dont nous éprouvons la fermeté,
l'étanchéité, voire la porosité), celui
qui apparaît à l'écran a sa pleine consistance.
L'incarnation qu'il implique n'est pas amoindrie par la vidéo
ou la photographie ; au contraire, ce corps peut sembler très
présent, rendu trop humain par le grossissement de l'objectif.
Dans le dessin, qui accompagne immanquablement les images obtenues
par reproduction mécanique ou électronique, c'est plutôt
une allusion de corps, des silhouettes que l'on entrevoit : ce qui
reste après certaines opérations aussi essentielles
que l'absorption, la mastication, la vue, la pénétration,
la parole. La bouche, l'œil, la main, les membres, rarement
d'autres organes s'y associent de diverses manières, mais
d'aucune qui ne soit réelle – réaliste en quelque
sorte. Ainsi, celui qui les observe attentivement peut prendre conscience
de ce paradoxe : entre le monde de l'image " réelle " (vidéo
ou photo), celui du dessin et cet autre, dont nous n'avons pas encore
parlé et qui est pourtant si présent – celui
de l'écriture –, de nombreux échanges s'opèrent,
de l'ordre du signe et de la connotation de l'un par l'autre ; pourtant,
ils ne paraissent pas véritablement connectés entre
eux. Il demeure une limite, une frontière par où, certainement,
quelque chose peut passer mais qui ne se situe jamais complètement
dans l'ordre du visible. Depuis bientôt quatre ans, l'artiste
revient sur des images antérieures, mêlées aux
nouvelles, chaque étape de ce processus entraînant des écarts – suppressions,
effacements, ou bien assimilation et transformation. La poussière
dansant dans un rai de lumière verte provient du souvenir
très précis qu'elle garde d'une peinture de Vilhelm
Hammershøï (1864-1916) et du sous-titre que ce dernier
a donné à l'œuvre : Rayon de soleil, Poussière
dansant dans un rai de lumière (1900, musée d'Ordrupgaard,
Copenhague). L'imprégnation progressive d'éléments
perçus, visuels ou non, fait intimement partie du processus
de travail. Une fois restituée, la continuité de cet échange
disparaît, n'en laissant que les traces – comme un rayon
de lumière matérialise la poussière, alors que
celle-ci, pour nous, n'existait pas avant et n'existera plus après.
Elle écrit : " Se situer à la limite de l'image, à l'endroit
d'un manque dans lequel chacun peut projeter du réel. " et
aussi : " Elle filme pour dire qu'elle est là et ailleurs à la
fois. " et, enfin, disant je cette fois : " J'efface un
lieu pour en créer un autre pour tout recommencer. Je brouille
les pistes ". Ce texte n'est pas une introduction, il serait
plutôt une postface, l'esquisse d'une description de plusieurs
années de travail et d'expériences qui menèrent
Isabelle Lévénez à prendre de plus en plus en
compte l'espace – l'espace réel, celui dans lequel vous
pénétrez. De ces tentatives qui la font marcher souvent
dans les pas de Bruce Nauman (Mapping the studio, entre autres),
l'exposition du centre d'art de Pontmain, " Visions ",
en 2008, fut l'une des plus radicales : ceux qui ont eu la chance
de l'expérimenter se souviennent d'une quasi-annulation de
la pesanteur, d'une pénétration dans le bleu – d'une
compénétration devrait-on dire plutôt, de la
lumière avec le corps, au point que les frontières
s'estompaient réellement et que l'image vidéo n'était
que le vestige sensible du fait qu'il y eut un corps, un instant
plus tôt. François Michaux, 2010
Recettes d'IL :
Pour être au centre du monde et rester caché des autres
Immobilisez vous au cœur d'un paysage
Attendez le silence de l'image pour paralyser la fuite de votre corps
Puis plongez en vous-même
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