Peintre,
dessinateur et auteur, l’artiste
autrichien Haralampi G. Oroschakoff, né en 1955 à Sofia,
fait partie de la scène artistique internationale depuis 1981.
Enfant d’émigrés, il est issu d’une famille
de nobles russes dont les ancêtres furent chefs d’État
et diplomates dans la Russie tsariste, ainsi que dans l’empire
slave méridional de Bulgarie et de Serbie. Ayant grandi à Vienne
et à Cannes où il a reçu une éducation
profondément occidentale, Oroschakoff a maintes fois déconcerté la
jet-set internationale par son côté dandy et anarchiste.
Il vit aujourd’hui à Berlin et sur la Côte d’Azur.
Les travaux photographiques
Riviera et Côte d´Azur exposés à la
galerie Depardieu ont vu le jour entre 1978 et 1980 à Cannes.
Depuis 1971, cette ville est, avec Vienne, le lieu de résidence
principal de la famille Oroschakoff. L’appartement de la résidence
Fontainebleau à la Californie, ses terrasses avec vue sur
Cannes et la mer en dessous et, de l’autre côté,
les collines, la piscine, ainsi que le Palm Beach Hotel et l’hôtel
Carlton, sur la terrasse duquel il passait rituellement quelques
heures avec ses parents, forment le matériau de base d’une
face de cette séquence de photos. L’autre face, beaucoup
plus sombre, correspond mieux au regard du solitaire : les rues adjacentes à la
rue d´Antibes jusqu’au Suquet étaient déjà, à l’époque,
le biotope de prédilection des prostituées, des exclus
et des mornes « chevaliers pillards du bonheur expéditif ».
Avec ses tristes et imposantes Brigitte Bardot et Rita Hayworth,
le « Crazy Boy » constitue le réseau d’un
décalage du temps et de la perspective à l’intérieur
du regard.
L’intention d’Oroschakoff de lever le voile sur l’apparence
et l’éphémère, ainsi que sur la croyance
en une œuvre d’art est ici manifeste. Cette posture de
départ détermine la diversité des formes, ainsi
que la diversité des problématiques, même si
le scepticisme d’Oroschakoff à l’encontre de l’espoir
vécu reste toujours tangible. Les travaux photographiques
Riviera (1979) et Côte d´Azur (1980-1981) furent exposés
pour la première fois lors de la photokina à la Dumont
Kunsthalle à Cologne en 1996. Ils reviennent aujourd’hui
sur leur lieu d’origine. Ils sont complétés par
l’installation vidéo Alle Herrlichkeiten dieser Erde
(Toutes les splendeurs de cette terre) (1984), et par la sculpture Änderungsschneider
(le retoucheur) (2008). Cette dernière a été conçue
pour la Biennale d’art au Palastmuseum de Bakhchisaray en Crimée,
sur les rivages de la mer Noire, patrie historique de la famille.
Dans Transmission Annual qui vient de paraître, Michael Corris
décrit les travaux d’Oroschakoff comme « ... des
images, indépendantes, emblématiques d’un espace
culturel souvent habité par l’étranger et présenté comme
exilé par choix et nécessité, vivant dans un
rêve en vue de maîtriser la frontière ».
Après y avoir séjourné plus de quarante ans,
la Côte d´Azur est devenue la patrie autoproclamée
de l’artiste. Solitaire déclaré, Oroschakoff
commença son « œuvre d’art totale » en
tant qu’artiste photographe et performeur à Vienne dans
ses toutes jeunes années. À l’époque,
des éléments textuels et historiques caractérisaient
déjà son travail conceptuel (Instant Archaeology, Viktor
Tupitsyn). Influencé par les expérimentations radicales
de Konrad Bayer (appartenant au groupe de Vienne – Wiener Gruppe)
et de Rudolf Schwarzkogler, il fut à l’origine de romans-photos
et de séquences vidéo scénarisées entre
1978 et 1984, réalisations mobilisant différents médias
: dessin, photo, collage, objet, performance, vidéo et texte.
L’œuvre d’Oroschakoff de cette période fut
considérablement influencée par le théâtre,
la littérature et l’art conceptuel. Les trois premières
phases de cette œuvre d’art totale, Käfig-Freiraum/Projekt,
Die Reise ans Meer et Der Hl. Berg furent présentées
comme performance et exposition au Museum Moderner Kunst (Musée
d’art moderne, Vienne,1981), au Kunstforum/Lenbachhaus (Munich,1982)
et à la galerie Tanit (Munich, 1982).
La peinture seule, qui se retrouve dans les Doppelkreuzen monochromes,
vint ensuite et constitue le départ d’une réflexion
autour de la problématique est-ouest et de la frontière
invisible entre la culture orthodoxe et latine qui se prolongera
sur plusieurs années. (Noemi Smolik)
Après la chute du mur de Berlin, Oroschakoff se fait passeur,
voyageur passant d’un monde à l’autre : il présente
des expositions et donne des conférences à Belgrade
(Musée d’art moderne, 1991), Sofia (Palais de la culture,
1991) et Moscou (International Apt Art, 1991). À partir de
ce moment, sa réflexion théorique interculturelle prend
une place croissante de premier plan. Cours, conférences et
projets curatoriaux se succèdent à Belgrade, Sofia,
Moscou, Ljubljana, Genève, Los Angeles, Alma Ata, Munich et
Berlin. La peinture cède du terrain à la littérature.
De nombreuses publications renforcent sa position sur la scène
littéraire (Kräftemessen, 1995 ; Instant Archaeology,
1996 ; Moskau-Berlin-Stereogramme, 2001 ; Internationales Literaturfestival,
2001). Sa démarche anthropométrique socioculturelle
se fait politique : il participe au Deutsch-Russisches Forum (Forum
germano-russe, 2001), au Petersburger Dialog (Dialogue de Saint-Pétersbourg,
2002), ainsi qu’aux Deutsch-Russische Kulturgespräche à Berlin
(Débats culturels germano-russes, 2003-2006).
Sur la Côte d’Azur, Haralampi G. Oroschakoff a participé à des
expositions importantes. Présentées à la galerie
Joachim Becker à Cannes, ses œuvres ont été données à voir à l’occasion
de concepts d’exposition de grande envergure de Christian Bernard,
dont « Sous le soleil exactement » I et II à la
Villa Arson à Nice en 1988-1989, et avec Gina Pane dans « Icônes » sous
Francois Nedellec au musée de la Castre à Cannes en
1988. Sa vaste réflexion picturale sur l’avant-garde
russe « Être là au Bord du Monde : Voyageurs et
Orientalistes », commencée sous la direction artistique
de Christian Bernard au Musée d´Art moderne et contemporain
(Mamco) à Genève en 1998, l’a mené au
State Russian Museum/Museum Ludwig à Saint-Pétersbourg
en 1999, puis en 2000 au Centre Contemporain/Espace St. Bernardin
au Cannet.
Artiste de la Biennale de Venise, de Sao Paulo et de la Dokumenta,
Oroschakoff est de nouveau exposé sur la Côte d’Azur
avec son œuvre historique, à l’issue d’une
longue période littéraire consacrée à son
livre Die Battenberg-Affäre (L´affaire Battenberg, www.berlinverlag.de)
«
Un art souverain porte les traits d’un art de l’impossible.
Et dans le travail d’Oroschakoff, ce sont ses lignes de fuite
qui nous concernent ». (Wilfried Dickhoff)
Dans le fond, Oroschakoff traite de « la relativité du
temps et des phénomènes dans leur distanciation et
objectivation du monde ». (Boris Groys)
Sélection d’expositions
personnelles :
2010 Berlin, WiE – Kultur : Mud in Your Eyes
2009 Berlin, Hohenthal und Bergen : Il s´agissait de changer
en fichu une poésie
2007 Hambourg, Kunstclub Hamburg : Berliner Kindl
2006 Berlin, Kunsthaus Lempertz : reloaded
2004 Maastricht, Wim Reiff Gallery
2002 Potsdam, Brandenburgischer Kunstverein
Sélection d’expositions
collectives :
2010 Dallas, Free Museum of Dallas, Transmission, curateur : Michael
Corris
2008 Bakhchisaray, State Historical and Cultural Museum : Captivated
by Bakhchisaray
2007 New York, Gallery Nyehaus : Michel Würthle and his Companions
(avec Daniel Richter,
Damien Hirst, Martin Kippenberger entre autres.)
2005 Berlin, Martin-Gropius-Bau : Fokus Istanbul
2003 Berlin, Kupferstichkabinett : collection Haralampi G Oroschakoff:
Moskauer
Konzeptualismus
Publications actuelle :
“
Casanova à Cannes”, 1999, in: Hippocampe /Signature,
nr 3, 2010, S. 67, www.revue-hippocampe.org
“
Exile”, in: Transmission Annual, Nr. 1, July 2010, edited by
Michael Corris, Jasper Joseph-Lester and Sharon Kivland, www.freemuseumofdallas.com
“
Brief aus Cannes”, (essay) in: Quality, Nr. 9/2010, www.quality.uk.com
„
Stereotyphen“(essay) in: Evropa, 4/2010 |