Les
principaux matériaux de Pedro Cabrita
Reis viennent de l’architecture : tube néons, portes, éléments
de fenêtres et de façades, câbles électriques
et de nombreux titres d’œuvres désignent l’espace.
Même si l’angle droit est fréquemment convoqué,
ce n’est pas tant la forme que le vécu, l’usure
du temps intégrée aux matériaux eux-mêmes,
souvent des matériaux de récupération. L’œuvre
est habitée par l’humain, par la référence
implicite au corps comme échelle et par l’intégration
de la durée. Composée à partir d’une quarantaine
d’œuvres pour la plupart issues de l’atelier ou
des collections portugaises, cette exposition monographique établit
clairement le dialogue d’une technique à l’autre
(de la sculpture à la photo, du dessin à la peinture)
tel qu’il s’établit dans les deux dernières
décennies du travail.
Réalisée en collaboration avec la Kunsthalle de Hambourg
et le Museu Berardo, Lisbonne, chaque étape est une réinterprétation
de l’exposition en fonction du site.
S’il utilise incontestablement l’espace tridimensionnel,
Pedro Cabrita Reis n’est pas seulement sculpteur. Le catalogue
qui accompagne l’exposition se répartit en grands domaines
: dessin, peinture, photographie, sculpture. L’œuvre peut à juste
titre convoquer tour à tour chacune de ces catégories
car les tubes fluorescents, l’un des matériaux de prédilection
de l’artiste, s’ils font naître un halo de lumière,
déterminent une ligne comme celle que le crayon trace sur
la feuille. Les cadres de façades en aluminium, le plâtre,
les panneaux de verre securit, les briques, le simple câble électrique,
tous ces matériaux concourent à un système de
représentation sans rien perdre de leur mystérieuse
quotidienneté d’objet, brouillant la limite entre intérieur
et extérieur, entre construction et objet.
L’exposition à Carré d’Art rassemble vingt-trois œuvres
datées des dix dernières années. A Nîmes,
Pedro Cabrita Reis s’approprie l’espace dès l’escalier
monumental dont les murs sont peints en orange, une couleur rare,
abstraite car difficile à associer aux éléments
naturels du paysage.
En 2009, le travail de Pedro Cabrita Reis a été très
remarqué par ses deux installations dans le cadre de la Biennale
de Lyon, notamment à l’Entrepôt Bichat. Loin de
la mélancolie de ce lieu désaffecté, l’exposition
de Nîmes confronte cette œuvre à l’abstraction
de la salle blanche de musée. L’exposition remodelée
dans chacune de ses présentations, apparaît comme une
succession d’actions qui mettent en tension l’espace.
A plusieurs reprises dans le parcours s’effectue un retournement
: de l’œuvre comme volume autonome dans l’espace, à l’espace
devenu œuvre. Presque minimaliste par l’utilisation de
poutres, de cadres en aluminium, symbole de l’architecture
moderne, presque Arte Povera par l’utilisation d’éléments
quotidiens, portes, fenêtres, chaises patinées par le
temps, l’œuvre de Cabrita Reis rajoute une voix singulière à cette
histoire de l’art récente. Elle porte aussi une empreinte
méditerranéenne et les traces d’une pensée
ancienne dont l’homme est le paradigme. Attention, l’œuvre
n’est pas pour autant confortable. La complexité des
reflets et des faux espaces suscités par l’utilisation
de vitrages peut parfois confronter le visiteur à un monochrome
presque mutique.
Les titres travaillés, souvent poétiques, formulés
dans de multiples langues, portugais, français, anglais…,
développent ce lien au lieu et au territoire, en écho également à la
carrière de l’artiste qui a dû inclure le mouvement
de la périphérie vers le centre, question impossible à éluder
pour la première génération d’artistes
de la démocratie portugaise. En contraste avec cette géométrie
poétique, Muito Tempo, 1989, l’œuvre la plus ancienne
de l’exposition joue le rôle de point d’origine
: la marque de l’informe.
Pedro Cabrita Reis est
né en 1956 à Lisbonne. Il vit
et travaille dans cette ville. Ayant reçu une large reconnaissance
internationale, il a participé à de nombreuses et importantes
expositions internationales. Entre autres, il a exposé à Documenta
IX Kassel en 1992, aux 22e et 24e Biennales de São Paulo en
1994 et 1998, à la section Aperto de la Biennale de Venise
en 1997. En 2003, il a représenté le Portugal à la
Biennale de Venise. |