| Le Jardin des
Finzi Contini, chaux et cire sur mortier, triptyque 137 x 270, 2009,
d’après le film de V. De Sica, Italie
1970, avec Dominique Sanda, Helmut Berger … |
Dans le secret des salles obscures,
chacun de nous s’est déjà livré à l’identification
au héros. Héros malheureux ou glorieux, selon l’humeur
du moment de la séance de cinéma, le confort de la
salle, le sourire ou la glace de l’ouvreuse, quand cette profession
avait encore le privilège d’organiser le placement des
spectateurs devant l’immensité de l’écran
comparable à un autel laïque d’où surgissent
des êtres de lumière propulsés au rythme des
sacro-saintes vingt-quatre images par seconde. Si le cinéma
est comme le dit ironiquement Jean-luc Godard “rien d’autre
que du son et de l’image“ c’est aussi et surtout
la magie d’une source lumineuse qui projette notre apparence… une
sorte d’allégorie de la caverne sur pellicule, du Platon
en mouvement agrémenté d’esquimaux et de friandises à l’entracte.
S’arrêtant à l’anecdote, on pourrait dire
que les tableaux de Claude Gazier sont des arrêts sur image
où l’artiste réorganise sa mythologie de cinéphile
et de scénariste inventif. Sa préoccupation ne serait
alors qu’illustrative et superficielle. Un autre enjeu plus
ambitieux se révèle dans cette démarche obsessionnelle.
Les scénographies savantes et les cadrages inattendus font
défiler devant nos yeux, dans le silence, la trajectoire de
destinées que nous possédons l’espace d’un
moment privilégié par projection. Cette opération
leur rend plus de réalité par le jeu d’une anamorphose
mentale restituée dans une somptueuse matière picturale.
Jean-Pierre Plundr |