14 décembre 1982 - 15 janvier 1983 : il
y a vingt-sept ans, Miquel Barceló se voyait offrir sa première
exposition personnelle à l’étranger, à Toulouse,
dans une galerie de peinture alors dynamique dans l’axe sud
des Abattoirs, rive droite de Garonne. Succès époustouflant,
enthousiasme du public et de quelques professionnels avisés
qui accompagneront la marche triomphante de l’artiste à l’international.
Deux ans plus tard (14
avril - 27 mai 1984), à quelques encablures
sur les mêmes bords de Garonne, la préfiguration d’un
musée d’Art moderne présentait au Palais des
Arts l’exposition collective Art Espagnol Actuel, où l’œuvre
de Barceló comblait encore amateurs et jeunes collectionneurs.
S’en suivront des acquisitions de toiles importantes en 1984
et 1992. Elles accompagnent souvent les expositions internationales
de l’artiste qui reviendra plusieurs fois à Toulouse,
discrètement dans l’atelier du verrier Jean-Dominique
Fleury pour travailler aux vitraux de la chapelle Saint-Pierre dans
la Cathédrale de Palma de Majorque, pour donner encore trois
représentations courues de son Paso Doble au Théâtre
Garonne (octobre 2008), tout voisin des Abattoirs qui l’invitent
par deux fois cette année 2009 : dans le cadre magique de
l’exposition DreamTime et, surtout, pour la célébration
d’un véritable événement personnel.
Après tant de rencontres et de conversations, c’est
bien sûr une joie que de l’accueillir, tel le prodigue
qui, trop longtemps, a différé l’invitation.
Il y répond non sans malice.
Durant la période 1973 - 1982, Miquel Barceló n’a
pas encore bravé gloires et déboires d’une vie
qui fut tout sauf tranquille à Toulouse, sa première étape
internationale en solo, réussie on l’a dit. L’adversité s’en
est mêlée, si bien contée par son ami Hervé Guibert
dans L’Homme au chapeau rouge (1992). Avatars mercantiles,
péripéties frauduleuses, une ville qui explose un matin
de septembre 2001… Autant d’incidents qui inquiètent
et dissuadent, desservent et éludent l’insistance d’une
reconnaissance gratuite au regard de la notoriété.
Mais l’obstination n’a d’égale que la persévérance… Jusqu’à ce
jour où l’artiste, très finement, reparaît
en quelque sorte à Toulouse avant même d’y avoir établi
sa première station. Il y pose aujourd’hui les éléments
inattendus qui définissent, en six séquences thématiques,
les tenants et les aboutissants d’une œuvre dont l’énergie
vitale trouve sa forme accomplie depuis, à vif, dans la matière
même de l’action et du sujet. Régénérant
!
"Barceló avant Barceló, 1973-1982" présente
ainsi une sélection d’œuvres originales et pour
la plupart méconnues : des productions antérieures à la
reconnaissance internationale de l’artiste lors de sa participation à la
Documenta de Kassel en 1982. Nombre d’entre elles proviennent
de la collection personnelle de Miquel Barceló, mais également
d’institutions publiques et privées espagnoles et françaises
ou, encore, de collections particulières. Sont ainsi révélées
plus de cent œuvres inédites qui construisent, façonnent
et dessinent les traits fondamentaux d’une trajectoire artistique
exceptionnelle.
L’exposition insiste sur cette phase expérimentale
et fertile de la recherche du jeune artiste qui ose affronter le
contexte international pour inventer et positionner les axes essentiels
de l’œuvre à venir : engouement pour la matière
et les effets de sa transformation, questionnement de la peinture
et du pictural, de la représentation et d’une iconographie
liée à son environnement immédiat… Peintures,
dessins, estampes, poésie visuelle, installations ou illustrations
de livres témoignent de l’immense intérêt
de Miquel Barceló pour la diversité des langages plastiques.
Divisée en six sections thématiques, Bestiaire, Vanités,
Poésie expérimentale, Livres, Portraits et autoportraits,
Eléments du paysage, l’exposition fait une large place à l’art
conceptuel, à la poésie visuelle, à la figuration
expressionniste ou encore à l’abstraction de la matière
: autant de preuves de la vitalité, de la curiosité et
de l’enthousiasme de Miquel Barceló qui dévoile
ici la part substantielle de ce qu’il développera plus
tard dans son œuvre majeur.
Alain Mousseigne |