Mac Adams / Michel Aubry / Thomas
Bayrle / Laurent Chambert / Claude Closky / Jean-Pierre Bertrand
/ Gregg Biermann
/ Philippe Durand / Gabriele Di Matteo / Franck Eon / Thomas Köner
/ la galerie du cartable / Olivier Leroi / Sébastien Leroy
/ Gilles Mahé / Christian Marclay / Stéphane Pichard
/ André Raffray / Jean Sabrier / Muriel Toulemonde / Kerry
Tribe / Boyd Webb.
Depuis longtemps, je suis fasciné par ces dessins de 1971
de Robert Smithson, « Underground Projection Room » (Utah
Museum Plan), et « Towards the Development of a Cinema Cavern »,
qui proposent de recycler une ancienne mine en salle de cinéma
souterraine et d’y projeter les étapes de sa construction.
En 2002, nous avions présenté en deux temps l’exposition « L’art
vu à distance » qui explorait les rapports entre art
et télévision, d’abord à partir des collections
vidéos du MNAM Centre Pompidou et, l’été suivant,
sur la base historique du premier environnement multimédia
(Le Corbusier/Xénakis/Varèse : pavillon Philips, Bruxelles
1958) et de la « fernseh-galerie » (galerie-télévision)
de Gerry Schum.
En prolongement de ces deux précédents chapitres,
nous souhaitons ouvrir cet automne un nouvel axe de réflexion
consacré aux relations entre l’art et le cinéma
et marquer ainsi notre implication dans l’événement « Pause » organisé pour
la première fois cet automne en Limousin.
Les relations entre art et cinéma sont historiques, bien
sûr, et on peu les faire remonter aux premières séances
de films des frères Lumière, ou encore mieux aux premiers
praxinoscopes et autres inventions qui essaient de conjuguer image
et mouvement dès le XVlll ème siècle.
On peut également parcourir cette relation entre cinéma
et art (c’est à dire peinture, sculpture, architecture,
mais aussi théâtre, littérature, musique et poésie)
en lien avec l’évolution des techniques de l’image-mouvement
: cinéma parlant, en couleurs, en 3D, en Odorama,… apparition
de la télévision, en noir et blanc, puis en couleur
avec le reformatage de certains films, puis de la vidéo sur
support magnétique, du portapack, du digital, du numérique,
etc. et vérifier qu’à chaque fois que de nouveaux
outils apparaissent, les artistes s’en emparent.
Et constater aussi que le 7ème art est celui de l’industrie,
du taylorisme, de la séparation des activités entre
le réalisateur, le scénariste, les acteurs, les photographes,
les éclairagistes, les décorateurs, les maquilleurs,
habilleurs, les preneurs de son, les monteurs, etc… et qu’il
s’adresse à la foule, à la masse, jusqu’à devenir
un véritable outil de propagande.
Pour organiser cette réflexion qui vise d’abord à explorer
les collections du Frac Limousin, nous avons réfléchi
en terme de format, aussi bien en tant que surface de projection
qu’en tant que durée. Dans le cinéma, ne parle-t-on
pas de court, moyen ou long métrage ?
Dans l’exposition, une salle de cinéma est reconstituée
qui présente en séances des programmes de films de
moyen métrage, avec un début et une fin.
(films de la galerie du cartable, d’Olivier Leroi, Gabriele
Di Matteo, Boyd Webb… )
Une autre petite salle plus étroite et plus sombre accueille
des films courts, à caractère souvent expérimental,
dans la lignée des films grattés, découpés,
altérés par la chimie des premiers essais sur ce nouveau
support, mais avec les techniques d’aujourd’hui, qui
sont autant d’expériences sur l’image animée
et sur les limites de la perception. On parle souvent d’art
et essai pour le cinéma.
Entre ces deux espaces de diffusion, des vidéoprojections
et autres sculptures vidéos sont présentées.
Elles ont pour point commun d’être des « loops »,
des boucles de plus ou moins longue durée,
et proposent au spectateur une relation décontractée,
sans début ni fin, où il peut accèder à l’oeuvre
en
cours et la quitter quand il le souhaite. Des vidéo-projections
monumentales et souvent paysagères conduisent le visiteur
de Nice (Durand) à Saint Tropez (Raffray), puis à Brooklyn
(Bertrand) et Bamako (Pichard), en voiture sous la neige (Tribe)
et près d’une ville scandinave (Köner), puis dans
un magasin d’une nature plurielle (Mahé), avant de s’approcher
d’un tapis animé en forme de jeu vidéo (Aubry),
d’un tonneau transformé en salle de cinéma individuelle
(Sabrier) et de finir tout près d’un fleuve majestueux,
le Rhône (Toulemonde). Un voyage qui rappellera à certains
le déroulement proposé dans l’exposition « Où sommes-nous
? Paysages avec (ou sans) personnage(s) » durant l’été 2005.
Enfin, en contrepoint, quelques œuvres fixes et muettes (dessins,
peintures, affiches, photographies) qui croisent le cinéma,
son histoire ou ses poncifs, ponctuent le parcours.
L’exposition « le couloir des miroirs » est conçue
comme une succession de séquences où l’on peut
flâner devant une large vidéoprojection environnementale,
lente comme un papier peint, ou être captivé pendant
une ou deux minutes par un effet visuel et/ou sonore, s’asseoir
dans une cabine optique, errer encore, enfin s’arrêter
pendant quinze ou vingt minutes pour visionner un film.
Dans sa conception, elle s’appuie surtout sur le modèle
de la plus récente somme présentée sur le sujet,
l’exposition « Hall of mirrors, art & film since
1945 » MOCA Los Angeles 1996, où trente artistes visuels
(parmi lesquels Marclay, Messager, Ruppersberg, Ruscha, Sherman … pour
ne citer que des artistes présents dans notre collection) étaient
présentés en même temps que trente cinéastes
(de Fellini à Godard, de Scorcese à Truffaut) avec
projections de films et photos de plateau à l’appui.
A Hollywood, le casting était majoritairement américain,
surtout pour les artistes « visuels ».
En toute modestie, il s’agit pour nous d’utiliser ce
modèle comparatif entre cinéma et art pour explorer,
par le biais des formats (espaces de projection et durée),
notre relation à l’image animée et donner envie à chaque
spectateur, cinéphile et/ou téléphage, d’y
faire une « pause ».
En complément de l’exposition, trois lectures d’exposition
sont proposées :
par Yannick Miloux, directeur du Frac Limousin,
Patrick Javault, critique d’art et membre du Comité Technique
du Frac Limousin
et Michel Aubry, artiste, pour une soirée « Répliqüres ».
Chaque samedi, de 15h à 17h, un directeur de Frac présente
une sélection de films et vidéos de la collection dont
il a la charge (programme détaillé sur le site internet
du Frac).
Si le projet de transformer une ancienne mine en « caverne
cinéma » inaugure ce texte, au moment de l’achever,
je repense à un fameux extrait d’Alphaville de Jean-Luc
Godard où Eddie Constantine ouvre une succession de portes.
C’est peut-être aussi cela, le couloir des miroirs.
Yannick Miloux, octobre 2008
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