« Feel the disc jockey, swallow
my adventure »
L'exposition qui est présentée RLBQ du 20 novembre
au 24 décembre 2008 résulte d'une collaboration inédite
entre Yann Gerstberger, jeune sculpteur récemment issu de
l'Ecole des Beaux Arts de Marseille, et « Jack & Bill » (Fred
Cave, Thomas Hauser et Sylvain Cousinié-Jacques), collectif
de photographes qui, parallèlement à leur travaux personnels,
développent depuis un an et demi une intense activité de
production commune sous la forme d'expositions et d'éditions, à Marseille,
Paris, Hambourg.
Son titre reprend le premier verset d'un texte signé Fata,
bloc de prose dense, rapide et rugueux directement issu de l'univers
du graffiti, entre cut-up brut et slam halluciné. Le ton est
donné, posant le décor d'une exposition que les artistes
investissent comme un terrain d'expérimentation, où la
mise en tension de leurs pratiques et de leurs matériaux respectifs
trouve son ferment dans une dynamique paradoxale ramassée
en quelques mots dans l'extravagante formule : « Feel the disc
jockey, swallow my adventure ». A peine sommes-nous projetés,
par l'évocation sonore et visuelle du sound system, dans la
dimension d'un rapport au monde immédiat, sensoriel et survolté,
que l'élan est brutalement renversé dans l'image d'une
aventure littéralement avalée.
L'aventure en question renvoie d'une façon emblématique
au fantasme d'un ailleurs exotique dont l'inconsistance est aussi
vite assimilée que dissoute dans la masse des images que nous
ingurgitons chaque jour. L'expérience quotidienne d'une réalité prosaïque
surchargée de représentations galvaudées, de
symboles proliférants, de fantasmagories kitch, d'artefacts étranges
et de déchets en tous genres est le territoire commun où Yann
Gerstberger et le collectif "Jack & Bill" puisent les éléments
hétérogènes qu'ils réinjectent et transforment
dans la dimension de l'espace et du volume pour le premier, celle
de l'image et de ses différentes formes de présentation
et de reproduction pour les autres.
Si leurs vocabulaires dénotent une diversité de codes
et de pratiques globalement associées aux cultures populaires
et urbaines (pour ne pas parler d'underground ou de mode), c'est
surtout dans un certain esprit syncrétique « free style » et
une logique assimilatrice débridée que se manifestent
ces influences. Là se joue peut-être une autre version
de l'aventure au jour le jour dont l'enjeu consisterait à absorber
la masse confuse des représentations communes qui saturent
et épuisent le réel, pour les réinvestir avec
une volonté affirmative, une énergie libidinale, dans
des formes composites et singulières.
La rencontre entre Yann Gerstberger et le collectif Jack & Bill
est l'occasion d'une mise en oeuvre particulière de ce processus
d'esthétisation. L'intégration des images à la
sculpture, aux côtés des autres éléments
qui la composent, en leur donnant une dimension plastique transforme
leur valeur de signes en qualité de matériau. Les oeuvres
nouvelles issues de cette collaboration jouent de diverses manières
de cette métamorphose. Tandis que les sculptures de Yann Gerstberger
explorent les limites de leur statut en se traverstissant en support
de l'image, tendant tantôt vers le registre de l'objet décoratif
sous la figure du cadre, tantôt vers celui, monumental et totémique,
du panneau publicitaire, les images de "Jack & Bill" éprouvent
les potentatialités de leur ambivalence de signes se présentant
simultanément comme motif, index et représentation.
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