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Dove Allouche, "L’Ennemi déclaré" et Leonor Antunes, "original is full of doubts"
Expositions > Arts plastiques
du 21 novembre 2008
au 11 janvier 2009

Dove Allouche, "Portrait de Ninetto Davoli_1", 2008, photographie noir et blanc, 150cm x 100cm, Courtesy : Galerie Gaudel de Stampa
 

Dove Allouche, "L’Ennemi déclaré"

Les cent quarante dessins au graphite (10x15cm) réunis sous le titre Mélanophila_II, présentés par Dove Allouche dans son exposition L’Ennemi déclaré, constituent la restitution d’une fulgurance (le mélanophila est un scarabée qui détecte les incendies pour s’installer ensuite et y effectuer sa ponte à l’abri des prédateurs).
Les dessins sont réalisés à partir de cent quarante photographies prises dans une forêt calcinée du Portugal. La trajectoire suivie par Dove Allouche est à ce moment-là hystérique. Il évolue dans un périmètre très réduit. Comme si l’oeil photographique avait passé le site au peigne fin, sous tous les angles.
Il s’agit bien de représenter un sujet disparu, tout en choisissant l’eucalyptus, un arbre qui a la vertu de vite se régénérer. Même s’il s’agit de la représentation d’une chose qui fut, il y a un retour possible. C’est de transcendance et non de ruines dont il s’agit.
Le sujet dessiné est peu ou prou cent quarante fois le même, mais d’un point de vue décalé. La reconstruction par le dessin est plus lente que la réalité. En effet, les photographies ont été faites l’été 2003 et la série de dessins s’achève pour l’exposition, cinq ans plus tard, en 2008.
Aux cent quarante dessins s’ajoute un cliché photographique intitulé Portrait de Ninetto Davoli_1, interprète de/chez Pier Paolo Pasolini. Cette image a été prise par Dove Allouche en août 2008, dans la maison de Davoli (qui fut celle de
Pasolini à Sabaudia, dans le sud de Rome), près du mont Circé, au bord de la mer.
Le visage de l’ange lumineux et muet chez Pasolini est ici, cinquante ans plus tard, invisible, en surplomb au-dessus d’un mur. Cette image est une photo off, qui échappe autant à Davoli qu’à Allouche. A Pasolini, vient s’ajouter Jean Genet, une des deux grandes paternités artistiques de Allouche.
L’Ennemi déclaré est le titre de l’exposition, mais aussi le titre d’une des oeuvres, placé dans le panneau lumineux à l’extérieur du centre d’art, qui illustre le volume posthume de textes et d’entretiens de Jean Genet paru en 1991. Ce livre qui contient 4h à Chatila a accompagné la réalisation des cent quarante dessins de Dove Allouche durant cinq ans. On observe sur la couverture les traces d’affûtage du crayon graphite.
Lorsque Genet écrit ce « témoignage » des massacres dans les camps de Sabra et Chatila, il n’a pas écrit depuis dix ans. Genet met en place la restitution d’une fulgurance dans un texte d’une grande beauté, d’une grande poésie, qui va au-delà de la réalité. Une image ne peut restituer l’horreur.
Ce texte, d’une grande précision, témoigne d’un passage éclair et met en place la puissance du souvenir, de la mémoire après l’expérience. Tout comme Dove Allouche a dessiné durant cinq années la restitution d’une fulgurance.
Claire Le Restif

Leonor Antunes, "original is full of doubts"

Leonor Antunes (née au Portugal en 1972) présente une série de nouvelles sculptures, produites spécialement pour cette exposition, où est placé en premier plan le travail de l’artiste et en toile de fond une oeuvre préexistante, ici celle d'Eileen Gray (1878-1976) versant architecture, bien qu’elle soit davantage connue comme designer.
Eileen Gray n’a en effet construit que deux villas dans le sud de la France. Il s'agit de la Villa Tempe a Pailla à Castellar achevée en 1934 et la Villa E1027 (1926-1929) à Roquebrune Cap-Matin pour laquelle elle crée quelques meubles d'inspiration rationaliste dont le fauteuil Transat (1925-1930) et la table en tube métallique et verre E1027.
Les objets / sculptures, présents dans l’exposition, établissent une relation à des fragments de la villa E1027 que Eileen Gray construisit pour son amant Jean Badovici et que Leonor Antunes a visitée récemment. Les sculptures, aux titres évocateurs comme par exemple the lacquer screen of E.G , the sensation of being out-doors, sont ici à analyser
comme des sculptures objets, qui ont une présence spécifique dans l’espace. Leonor Antunes convoque également le travail de l’artiste Eva Hesse (1936-1970) quant à la manière d’installer ses sculptures.
Leonor Antunes s'est déjà intéressée au travail de Eileen Gray lors de l'exposition Dwelling Place à Turin en 2007.
L'oeuvre d'Eileen Gray est reconsidérée, étudiée au travers de la lecture libre et propreà Leonor Antunes, qui, comme pour chaque projet observe, saisi, retient : une forme, un fragment, un plan.
La duplication, l'étude et l'approfondissement sont les préoccupations majeures de l'artisteà travers l'unité de mesure et ses dérivés, « la notion d'échelle, le volume ambiant d'un objet, enfin son rapport à l'homme. »
De son travail on retient un intérêt pour l'inventaire, le témoignage, le mode d'emploi, la reconstitution minutieuse d’une fulgurance. Pour Leonor Antunes, dupliquer n'est pas uniquement copier à l'identique - dupliquer c'est faire une copie - c'est reproduire, tirer en plusieurs exemplaires car « original is full of doubts ». Duplicate est d’ailleurs le titre « manifeste » d'un de ses premiers catalogues. La production de duplicata et son étrange éloignement de « l’original » est ici en quelque sorte le sujet de Leonor Antunes. D'une part parce qu'elle veut éviter d'ajouter de l'information dans le trop plein d'informations que nous recevons et d'autre part, parce qu'elle se passionne pour les différents contextes et environnements dans lesquels nous vivons, à la manière dont nous traitons les choses. Elle s’intéresse aux systèmes
d'architecture et d'urbanisme qui déterminent nos vies et surtout, parce qu'elle a l’intuition que l'observation des détails ouvre une spirale sans fin.
Claire Le Restif

 

Adresse :

Centre d'art contemporain d'Ivry - le Crédac
93, avenue Georges Gosnat - 94200 Ivry-sur-Seine
informations : + 33 (0) 1 49 60 25 06

 

Site Internet :

http://www.credac.fr/

 
 
 
 
 
 
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