Le travail sculptural de Cédric Alby ne
fait pas qu’investir l’espace, il le génère.
Le lieu d’exposition est pour l’artiste le territoire d'expériences
insolites.
Dessin-sculpture-architecture, CONTINUUM (BAU) à La BF15 est
une vaste structure
minimale in situ qui envahit le lieu en même temps qu’elle
semble en prendre la mesure.
Une ligne noire orthogonale, à la fois conductrice et obstacle
de notre déplacement,
traverse en différents points les vides et les pleins de La
BF15.
L’inscription du mot BAU répété, sur la
sculpture même, vient ponctuer sa progression,
discrètement, telle une image graphique et sonore fortement évocatrice.
Du graphique au sculptural, se dessine une relation avec le spectateur
dans laquelle
résonnent les figures de l’histoire récente, de
l’école du Bauhaus au Merzbau de Schwitters,
des utopies architecturales des années 60 à certaines
oeuvres de l’art Minimal.
En creux, c’est aussi un récit qui se prolonge ici et
dans l’imaginaire du spectateur, celui de
cette interminable lutte d’un rongeur pour parfaire et étendre
son terrier, dans la nouvelle
restée inachevée de Franz Kafka Der Bau (Le Terrier en
français).
Comme dans ce texte, la sculpture est un trou construit : un terrier.
Elle est une écriture
dans l’espace, une chose immatérielle, qui montre finalement
plus son image que sa
réalité.
Reliant ces différents éléments, CONTINUUM (BAU)
manifeste le cheminement dans la
continuité du temps et de l’espace.
BAU, entre parenthèses, résonne comme une question sans
cesse posée au spectateur.
BAU. Construire, penser.
Créer le trouble
Ce qui m'intéresse, c'est la frontière, la disjonction
ressentie entre ce que nous voyons
et ce qui nous regarde, entre ce qui est là et ce que nous croyons
absent. Je m'attacheà
créer le trouble, orchestrer cette « absence »,
afin de tourner le regard du spectateur
vers un hypothétique « hors champs ». Le Réel
est situé derrière la surface des choses,
et il serait illusoire de croire être en mesure de le « libérer »,
de « crever l'écran ».
Mais cette illusion me plait : alors je m'efforce de mettre en scène
cette rupture,
cette percée. J'essaie que mes images s'ouvrent. Ou j'essaie
de représenter cette
ouverture.
Les expositions que je conçois, très scénographiées,
composent des images à pénétrer, qui
se referment sur le spectateur. Celui-ci se trouve alors dans une situation
ambigüe, à la fois mis à distance, et incorporé à une
scène inerte qui se déploie dans
un temps suspendu.
Pour moi, l'espace de monstration est le seuil d'un monde à part,
le lieu d'une
rencontre déroutante avec soi comme avec l'Autre. Mais encore
faut-il y croire, encore
faut-il le voir.
Cédric Alby
octobre 2008
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