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deux capitales. D’un côté Brasilia,
capitale administrative du Brésil construite par Oscar Niemeyer à la
fin des années 50.
De l’autre, Chandigarh construite peu ou prou simultanément
par Le Corbusier en Inde. Deux monuments du modernisme - et
deux architectes- mis au service de deux gestes politiques forts qui
assoient une indépendance post-coloniale et inscrivent
une identité nationale dans une vision du futur. A moins que
ce ne soient, deux gestes politiques forts et deux territoires vierges,
mis au service des thèses de l’architecture moderne? Car
Brasilia et Chandigarh vont être l’occasion inespérée
pour
Niemeyer et Le Corbusier de développer et de mettre en application
les grands principes de rationalisation de l’espace et
des activités humaines chers au modernisme. Voilà deux
villes iconiques, donc, mises en jeu dans un film qui fait exposition.
Avec Brasilia/Chandigarh, Louidgi Beltrame conçoit le film et
son dispositif d’exposition, comme espace possible d’appropriation
de la ville à travers les errances de trois personnages fictionnels.
Ces personnages - objets de présentation et vecteurs du
déplacement - traversent un répertoire formel, entre
paysage de ruines post-apocalyptique, fantômes d’architectures,
parc
de sculptures et ville-monument vide. Circulant hors du temps ou plutôt
dans le “temps d’après” - celui d’après
l’utopie
réalisée -, ils révèlent une vision désactivée
du rêve d’un futur à l’abandon. Avec eux,
le film se glisse dans le plan
des deux cités. Deux dessins - celui de Chandigarh qui reprend “le
plan de Jaipur en forme de Mandala” et celui deBrasilia en croix
comme gestes fondateurs de la ville - viennent se superposer et s’imposer au scénario.
Et si la ville écrivait
le film? Rationalisation de la vie, organisations en secteurs, axe
monumental, super quadras, le plan et sa grille marquent
et démarquent le territoire en en devenant le sceau. Comment
s’approprier ce territoire conquis par la main de l’architecte?
Les personnages, qui donnent l’échelle aux constructions,
semblent écrasés par le gigantisme de l’architecture
et de la villemonument
qui absorbe l’individu. Et à la grille urbaine planifiée
pourrait se superposer une seconde grille spectrale, en filigrane,
faite des lignes de désirs inopérants de ses habitants
absents. Car le personnage, ou par extension le film, repoussé inéluctablement à la périphérie du plan “ glisse
sur la surface des choses, sur la surface de cette ville-image, ou
plutôt sous
la surface jusqu’à son effacement complet. Oui, je crois
que c’est comme ça qu’il a avancé dans
la ville. Son regard pris au
piège des formes géométriques.” Comment
habiter une image ? Comment regarder une ville qui se regarde? De
ces images
et cadres (photographiques) qui piègent le regard, Louidgi
Beltrame soustrait un relevé minutieux, une cartographie objective.
Ainsi du dessin, le film, dans un mouvement irréductible retourne
au dessin- dessin (dessein) corrosif - qui absorbe à son tour,
dans son réseau de lignes, l’image d’architecture
et le paysage géométrique jusqu’à sa presque
disparition. Elfi Turpin, 2008
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