Julien Yemadjè est né à Abomey
au Bénin dans un milieu traditionnel Fon. La famille YEMADJE
fait partie des couturiers du roi et des notables, ce sont eux qui
réalisent les tentures et les parasols dédiés
aux cérémonies. Dès son plus jeune âge,
Julien Yemadjè a donc tout naturellement appris à coudre
des appliqués. Il est aujourd’hui professeur d’arts
plastiques, mais continue à perpétuer la tradition
familiale des appliqués dans un style qui lui est propre.
Julien Yèmadjè est également conteur et ses
appliqués deviennent ainsi le support de ses fables. Les appliqués
sur tissu ont été réalisés au sud du
pays dans un royaume fondée par une famille princière,
celle des Agasuvi à Abomey, le futur Danhomé. Les Agasuvi
ont consigné leurs hauts faits sur des tentures ornant leur
palais.
Spécialité d'Abomey, les appliqués sur tissu
sont le résultat de l'activité de plusieurs catégories
d'artisans : fileuses, tisserands, tailleurs, brodeurs, et également
des forgerons pour la réalisation des ciseaux, aiguilles,
dés. Les Hountondji, originaires de Tado, sont forgerons et
bijoutiers du roi. Les femmes âgées filent la bourre
du coton sur la fusaïole. Le fil ainsi préparé sert à tisser
ou à coudre et apparaît en blanc ou écru. Autrefois
en raphia, les étoffes en coton se sont généralisées à la
fin du XVIIIe siècle. Le fil ou l'étoffe peuvent être
teints dans un bain de teinture dont la couleur change selon les
végétaux utilisés.
Le tissage est le fait des descendants du roi Agonglo,
la couture, celui des Yemadjè dont les ciseaux sont l'emblème.
Depuis le règne du roi Glèlè, les appliqués,
et particulièrement les tentures sont l'œuvre des Yemadjè.
Comme tous les artisans, tisserands et brodeurs ils vivaient dans
les quartiers spécialisés non loin du palais.
De nos jours, à Abomey, les artisans sont en partie installés
dans l'une des grandes cours du palais. Autrefois, les Yemadjè travaillaient à la
demande du souverain pour les besoins du palais et également
pour les princes et les chefs intronisés par le souverain.
Toutefois, certains appliqués restaient l'apanage du roi.
Une fois la royauté d'Abomey affaiblie, les activités
des artisans perdirent une grande part de leur sens. Les familles
princières continuèrent de passer quelques commandes.
Les nouveaux administrateurs, plus ou moins conscients de cette réalité incitèrent
certains artisans à perpétuer leur savoir-faire.
Cependant, de nombreuses réalisations ont disparu. Les plus
anciens appliqués encore existant remontent au milieu du XIXe
siècle. Chaque souverain choisissait des allégories
caractéristiques qui servaient à l'identifier. Ainsi
est-il possible de reconnaître le règne de tel ou tel
roi à travers les appliqués qui sont conservés.
Les appliqués servaient à désigner le roi, à souligner
sa grandeur, à rappeler les hauts faits de son règne
et de ceux de ses ancêtres, au même titre que les autres
attributs du pouvoir. Une part des tentures restait dans les palais
et n'était vue que par le souverain et ses proches. Les sujets
n'étaient pas autorisés à franchir le seuil
de la demeure royale.
De nos jours, les artisans installés dans une cour du palais
royal d'Abomey perpétuent l'ancien savoir-faire hérité de
l'apogée de la royauté. Les tisserands préparent
des nappes ornées des allégories royales. Les teinturiers
exposent les productions actuelles. Puisant dans l'ancien fonds des
traditions rurales et dans celui de la divination par le Fa, les
teinturiers figurent des animaux : le lion, symbole de la force,
les oiseaux, manifestations de la domination ou support des charges
du monde. D'autres teinturiers travaillent dans différents
quartiers de la ville, à la demande des familles royales et
des dignitaires de la région.
Extrait
de Les appliqués sur tissu du Bénin, éd.
Sépia, collection du Musée de l'Homme, Saint-Maur,
1998
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