Nous avons le plaisir de présenter, en
avant-première, les œuvres les plus récentes de
Sarah Dobai : un ensemble de photographies [1] et un film [2].
Les photographies représentent des espaces choisis dans des
centres commerciaux – passages publics, couloirs et escaliers – et
des scènes prises en studio avec des modèles. Les vitrines
de magasin sont perçues dans leur double réalité :
zones de display où se joue le « théâtre
de la consommation », mais aussi paroi de verre transparente
que le regard traverse ou sur laquelle il capte ces « reflets » que
Benjamin associait déjà à des effets cinématographiques.
Les modèles posent dans des décors qui construisent
un univers parallèle à celui des centres commerciaux.
Comme dans les films de Robert Bresson, ces actor/ models sont dépourvus
de caractères personnels et, par leur attitude, évoquent
la brièveté de leur passage. Ainsi s’élabore
moins l’image d’un lieu, que celle d’une « situation » conforme
au caractère transitoire de cet espace.
Le film Nettlecombe (2007), bien que s’éloignant du
contexte urbain, atteint un but semblable. Tourné en un jour
dans un parc du Somerset dessiné au XVIIIe siècle,
il s’agit d’une orchestration complexe de bruissements
et de mouvements des feuillages sous l’action du vent joué dans
un théâtre de verdure. Mais l’agitation des arbres
et des buissons, dont le relief est accentué par des projecteurs,
est en fait provoqué par un jeu de cordes et de ficelles amplifié par
des ventilateurs de cinéma. Par cette mécanique rendue
presque apparente à la fin du film, Sarah Dobai met en scène
une nature exempte du moindre indice de modernité. Une « animation » vue
comme la possible image du temps lui-même.
[1] Le commencement de ces travaux est intervenu
pendant la résidence
de l’artiste aux Récollets à Paris (janvier-mars
2008)
[2] Film 16mm produit par Film London avec le concours de Chelsea
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