Exposition réalisée
en collaboration avec la Galerie Alain Le gaillard
Julien
Beneyton, Van Eyck et les SDF
Les
peintures de Julien Beneyton nous envoient la réalité en
pleine figure. Non que les sujets soient spécialement violents.
On pourrait, il est vrai, arguer que la misère urbaine, les
rappeurs ou bien encore un paysage de rue dans lequel travaille un éboueur,
présentent plus de rudesse que d’autres thèmes.
Mais en fin de compte, ce n’est là qu’unequestion
de point de vue. Cette réalité n’est rien d’autre
celle que l’on côtoie quotidiennement. Pourtant, si l’on
veut être exact, ce n’est pas tout à fait n’importe
quelle réalité.
D’abord parce que l’artiste éprouve, pour les
tranches de vie qu’il choisit, une passion qui trouve chez
lui son expression nécessaire dans la peinture. Ensuite, cette
réalité que les œuvres rendent si aiguë,
c’est celle que la vue seule embrasse dans son abondance de
détails, même les plus discrets, même ceux que
la perception courante néglige. Elle est donc exclusivement
et intensément visuelle.
C’est pourquoi, si ces peintures nous brutalisent quelque peu,
c’est surtout parce qu’elles font instantanément
remonter devant les yeux ce que la perception rejette dans les marges.
Sans hiérarchie ni sélection apparentes, elles nous
présentent une parcelle du monde visible, dont les éléments
se pressent avec une affolante densité, posés les uns
près des autres avec la minutie d’une haute lisse de
la Renaissance et le raffinement technique d’un Van Eyck.
La sculpture, que pratique aussi Julien Beneyton, ne dément
pas l’idée que son travail porte le sens visuel à son
extrême pointe. De fait, le SDF hyperréaliste pris en
sandwich entre des cartons semble finalement moins
emprunté à la réalité elle-même
qu’il n’apparaît comme le fragment grandeur nature
et tridimensionnel d’un tableau.
Cerné de canettes vides et de mégots, affublé de
vieilles baskets, il n’est en effet nullement pitoyable (les
scènes peintes ne le sont jamais non plus) mais bel et bien
pittoresque, presque humoristique.
Les œuvres
de Julien Beneyton sont-elles un hymne à la
réalité ou un hommage à la peinture ? Elles
témoignent en tout cas de cette inquiétude qui entraîne
inlassablement l’artiste de l’une à l’autre.
Anne
Malherbe
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