La galerie
Les filles du calvaire présente
un nouvel ensemble de peintures de Dominique Gauthier, Les Oratorios,
débuté en 2007.
Dominique Gauthier, peintre
français revisite l’abstraction
structuraliste, depuis une vingtaine d’années. En effet,
depuis les Opéras des années 80, présentés
au Centre National d'art et de Culture Georges Pompidou, œuvres
découpées et déployées dans l’espace,
l’évolution formelle de son travail est très
importante. Dominique Gauthier s’est confronté au champ
délimité du tableau avec un format de prédilection
de deux mètres par deux, sorte de norme qui ne l’écarte
pas totalement du petit format ou de la tentation monumentale, fréquente
chez lui. S’il s’impose le format, on peut retrouver également,
dans tout son travail, des signes, des formes récurrentes,
sorte de trames graphiques qu’il rejoue différemment
dans chaque série - chaque tableau étant, quant à lui,
une proposition formelle d’un état de la pensée
de l’artiste exprimée dans un geste, telle la phrase
d’une composition plus globale. Pourtant ce travail est fondamentalement
divers et non répétitif. Dans un même temps donné,
il peut être violemment coloré, très présent
plastiquement comme dans les Contre-Raisons, ou au contraire, peut être
méditatif comme dans les Hostinatos ou pure explosion comme
dans les Orphiques. L’œuvre est impressionnante pour ceux
qui l’approchent dans son entièreté. Elle marque
par sa diversité, et par sa richesse plastique. Le concept
le plus proche, pour la qualifier, serait l’infini, car elle
s’inscrit sans cesse dans une dynamique, dans le mouvement
de la peinture et dans son expressivité la plus intime.
Depuis déjà quelque temps, j’avais l’intention
de rejouer le principe, l’hypothèse des premiers OPERAS,
ensemble de peintures réalisées au tout début
des années 80, et ainsi de les nommer ORATORIOS. L’après-coup
des OPERAS, le déplacement, cette réinscription seraient
donc les ORATORIOS, mais avec une volonté d’excès
encore plus radicale, excéder mais au pluriel. La reprise
et le déplacement sont bien sûr d’ordonnance conceptuelle,
il s’agit de libérer le premier espace offert dans les
OPERAS pour un autre geste, une autre forme. Dans les ORATORIOS deux
lieux sont conjugués, l’œuvre et son extériorité.
Dans un premier temps, une délimitation circonscrit l’enveloppe
du tableau qui saura évoluer dans une succession d’étapes
constitutives à sa forme. A côté, à l’écart,
s’animent d’autres chantiers appartenant, eux, à aucun
espace. Ce sont les lieux d’une attente, de la constitution
des attributs et c’est la question du tout. Ici et là-bas
j’énonce l’avancée, le progrès du
tableau. Et cet ailleurs ne se déploie que dans la nécessité extrême
de son obligatoire report sur le tableau. Les reports à venir
sont l’horizon du tableau, horizon qui à un moment fera
irruption dans son établissement-même. Voilà le
principe constitutif aux ORATORIOS ; les tableaux, cet ensemble,
ont besoin d’un entre-temps, de ces intervalles-temps, de cet
avenir. L’espoir, l’instant de la peinture vivent dans
l’attente de cette constitution. Deux lignes et puis leurs
croisements, une continuité entre la géométrie
et son travail, un agir méthodique et un agir intempestif
et irruptionnel. Dans une structure de nécessité générale,
l’action, les actions deviennent récit, épreuve,
histoire. Les départs et les retours sont les modes respiratoires,
le souffle des ORATORIOS : leur image.
Dominique Gauthier, 2008 |