Dans son poème « Jérusalem »,
William Blake évoque l’Angleterre sous les traits d’une «terre
verte et plaisante».
Avec une certaine ironie, l’artiste anglais John Goto reprend
cette expression pour titrer sa première exposition personnelle
en France à la galerie Dominique Fiat.
L’enchantement des décors arcadiens transparaît
dans la série High Summer, ses campagnes parsemées d’exemples
d’architecture classique sous des cieux chargés de nuages.
Ces paysages sont l’archétype du jardin paysagé anglais tel que défini par William Kent ou Charles Bridgeman
au cours du 17e siècle. Il y a, dans les photographies
de John Goto, un hommage à la peinture du Lorrain et de Poussin,
celle que les aristocrates anglais rapportèrent de
Rome, étape incontournable du « Grand Tour » destiné à parfaire
leur culture.
Dans ces décors idylliques, les photographies recomposées
de John Goto introduisent pourtant une note plus sombre
et inquiétante. On y croise tour à tour des militants écologistes
partis à l’assaut de plants d’OGM, des sportifs
affublés
d’équipements fluorescents dernier cri, l’équipe
de tournage d’un mauvais film historique, des enfants abandonnés
et des représentants de la Haute Société. Tous
font acte d’une présence délibérément
incongrue. Goto partage
avec ses prédécesseurs du 17e siècle un goût
prononcé pour la satire sociale mêlée d’humour
noir. Cette série,
crée et montrée en 2001, faisait référence à l’épidémie
de «vache folle», psychose qui reste très actuelle
encore
aujourd’hui.
Le temps et l’histoire sont les thèmes centraux dans l’autre
série photographique présentée : Dance to the
Musik of
Time. Elle met en scène des démonstrations de danses
contemporaines dans des décors de théâtre. Cadrés
par une
avant-scène voûtée, les décors d’extérieur
se succèdent et s’opposent, des cathédrales monumentales
aux modestes églises de village, des demeures de campagne aux
quadrillages urbains modernes, des châteaux féodaux aux
usines de la Révolution Industrielle. Pour revisiter les moments
clés de l’histoire anglaise, Goto a choisi des danseurs
des différentes traditions culturelles et ethniques qui composent
aujourd’hui la société anglaise. Des ouvriers
d’usines, des danseurs indiens Kathak et des danseurs baroques évoluent
ainsi dans des décors du 18e siècle. Si
des break dancers détruisent ici une abbaye réformiste,
ailleurs, ils posent à l’image des statues classiques,
tandis
qu’une troupe Bollywoodienne pestiférée déambule
avec un reste d’élégance victorienne.
Goto questionne la viabilité des histoires nationales dans un
monde où les migrations se croisent et se recroisent,
brassant les origines historiques et ethniques des citoyens. Plutôt
que de figer l’histoire, il préfère la suggérer
comme
un lieu de dialogue entre le passé et un présent en perpétuel
changement.
John Goto est une figure reconnue de la scène photographique
anglaise. Il a eu de nombreuses expositions personnelles
au Royaume-Uni, notamment à la Tate Britain, à la National
Portrait Gallery, à la Photographers’Gallery, à la
British Academy et au Museum of Modern Art d’Oxford. Il a également
exposé en solo show à Munich, Barcelone,
Prague, Oporto, Séoul et Singapour.
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