Avec ‘Insolubles solides’, Cyril Dietrich,
nous propose de découvrir l’échantillon d’une
collection personnelle possible rassemblant quelques oeuvres réalisées
en Europe depuis les années 70. Pour lui, ces oeuvres conserveraient
leur caractère problématique, dans la mesure où elles
auraient su maintenir leur rapport essentiellement complexe au monde.
De ce fait, elles témoignent d’une posture incertaine
des auteurs face à leur désir ou bien leur nécessité de
faire, sans trahir la nature profondément indéchiffrable
de ce qui se présente à eux. Plus que d’autres,
ces oeuvres partagent la qualité généreuse de
ne pas nous imposer un temps de lecture défini. Ainsi, elles
nous permettent (ou nous obligent) de négocier la vitesse,
la durée et la trajectoire de notre contemplation.
L’exposition ‘Insolubles solides’ peut être
appréhendée à la lecture des mots de Francis
Ponge dans Proêmes (Ed. Gallimard, 1948) :
La forme du monde
Il faut d’abord que j’avoue une tentation absolument
charmante, longue, caractéristique, irrésistible pour
mon esprit.
C’est de donner au monde, à l’ensemble des choses
que je vois ou que je conçois pour la vue, non pas comme le
font la plupart des philosophes et comme il est sans doute raisonnable,
la forme d’une grande sphère, d’une grande perle,
molle et nébuleuse, comme brumeuse, ou au contraire cristalline
et limpide, dont comme l’a dit l’un d’eux le centre
serait partout et la circonférence nulle part, ni non plus
d’une "géométrie dans l’espace",
d’un incommensurable damier, ou d’une ruche aux innombrables
alvéoles tour à tour vivantes et habitées, ou
mortes et désaffectées, comme certaines églises
sont devenues des granges ou des remises, comme certaines coquilles
autrefois attenues à un corps mouvant et volontaire de mollusque,
flottent vidées par la mort, et n’hébergent plus
que de l’eau et un peu de fin gravier jusqu’au moment
où un bernard-l’hermite les choisira pour habitacle
et s’y collera par la queue, ni même d’un immense
corps de la même nature que le corps humain, ainsi qu’on
pourrait encore l’imaginer en considérant dans les systèmes
planétaires l’équivalent des systèmes
moléculaires et en rapprochant le télescopique du microscopique.
Mais plutôt, d’une façon tout arbitraire et tour à tour,
la forme de choses les plus particulières, les plus asymétriques
et de réputation contingentes (et non pas seulement la forme
mais toutes les caractéristiques, les particularités
de couleurs, de parfums), comme par exemple une branche de lilas,
une crevette dans l’aquarium naturel des roches au bout du
môle du Grau-du-Roi, une serviette-éponge dans ma salle
de bain, un trou de serrure avec une clef dedans.
Et à bon droit sans doute peut-on s’en moquer ou m’en
demander compte aux asiles, mais j’y trouve tout mon bonheur
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