Intime collection
Ceci n'est pas une exposition. On me pardonnera ce clin d'oeil et cette
entrée en matière un peu abrupte qui demande quelques
développements.
Ce n'est pas une exposition au sens classique du terme et dans
la mesure où le choix des oeuvres ne procède pas d'une
démarche
scientifique menée avec toute la neutralité qu'elle induit.
Il n'y a rien de
neutre dans l'assemblement présenté qui, au contraire,
ne revendique
que des affinités sélectives et un point de vue totalement
personnel,
en dehors de tout itinéraire convenu, de tout lieu commun.
Lieu commun, la galerie Frédéric Moisan ne l'est pas
plus et ce rendezvous
n'aurait pu s'imaginer sans la rencontre entre le directeur de
cette galerie pas comme les autres et Dominique Aris qui vit depuis
longtemps dans la proximité et la familiarité des oeuvres
et des artistes.
Rencontres est bien le mot qui résume tout. Connaissant son
instigatrice,
on ne s'en étonnera pas. Rares sont celles et ceux qui possèdentà
ce point cet art, cette capacité à la rencontre et ce
don formidable
pour faire se rencontrer les gens. Car la rencontre est un art, un
art de
la vie qui nécessite un certain nombre de qualités :
ouverture, curiosité,
générosité, soif de connaître, disponibilité aux
autres... Un art qui
ne vit que par et dans le partage.
Chacune des oeuvres présentées est aussi l'histoire d'une
rencontre.
Avec elle-même ou avec son auteur. Dans cet ordre ou inversement,
mais l'un a toujours amené l'autre. C'est donc une collection
intime,
l'accrochage d'une série de coups de coeur et le coeur a ses
raisons qui
se passent très bien du discours esthétique si l'on a
gardé la faculté de
succomber au pouvoir magique immédiat qui peut surgir d'une
oeuvre
au premier coup d'oeil, à sa puissance presque physique, si
l'on est toujours
prêt à se laisser surprendre, à se laisser aller à ce
plaisir si vif de
se surprendre à être encore une fois surpris, étonné,
séduit. « Il y a des
miroitements du soleil sur les sables dont les yeux restent
clignotants », écrivait Alexandre Vialatte. Certaines
oeuvres d'art font
cet effet là. On ne se demande pas alors d'où vient le
soleil ; on les
garde en soi pour toujours.
En ces temps d'uniformisation et de catégorisation forcée
on a aussi là un bel exemple d'éclectisme. Aucun
cercle particulier n'est mis en
avant. Aucune forme non plus. Les artistes rassemblés sont des
hommes
et des femmes de plusieurs générations, quelques-uns
célèbres,
d'autres moins, français pour certains, étrangers pour
d'autres. Pas étrangers les uns aux autres, ce qui n'est pas
le fait du hasard. Pourquoi faut-il s'arrêter à un genre plutôt qu'à un
autre ? Pour de très
mauvaises raisons qui dénotent toujours une pauvreté d'être
et restenté
videmment totalement étrangères au véritable amateur.
Pas non plus de propos didactique ici. Cette présentation n’est
pas un
reflet de la création actuelle même si les rapprochements/collisions
qu'elle met en scène suggèrent aussi quelque chose de
cela. Disons
qu'elle en donne une intuition, une vision. Qui ne prétend à rien
d'autre
que déclencher un désir que chaque visiteur pourra suivre à sa
guise, traçant son chemin vers d'autres découvertes et élaborant
sa
propre réflexion. C'est tout le plaisir qu'on lui souhaite.
Jacques Vincent, journaliste, octobre 2007
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