La galerie Patricia Dorfmann a
le plaisir de présenter
les dernières réalisations photographiques de
l’artiste néerlandais Teun Hocks.
«
(…) Inventive, cohérente et rigoureuse, émaillée
de trouvailles sidérantes, truffée d'épopées
navrantes et
d'impasses délirantes, l'oeuvre parfaitement accomplie de Teun
Hocks a pour enjeu déraisonné la dérision de la
condition humaine mises en pièces par un virtuose du contre-sens,
un métaphysicien de l'imaginaire doté d'un don
de double vue, qui semble pleurer d'un oeil mais rit à gorge
déployée de l'autre. »
Sous son air imperturbable et placide de Buster Keaton hagard auquel
il rend d'inattendus et savoureux hommages,
Teun Hocks est un cambrioleur du rêve placé dans des situations
improbables, vivant des rêves éveillés en pyjama
rayé de bagnard, cherchant à s'évader du décor
de carton pâte qu'il a lui-même conçu pour être
prisonnier de
l'image. Il entre autant de folie douce, d'ironie ludique et maniaque
que de poésie nonsensique et de lucidité cruellement
désespérante dans ces tableaux irréels
et absurdes qu'il élabore sous forme de saynètes hilarantes
et
met en scène en studio avec une précision sans faille.
Et dont il est depuis plus de vingt ans l'unique antihéros
errant, ridicule et valeureux, immature et frustré, toujours
actif et très consciencieux, dépressif et auto-materné,
stoïque et touchant, jamais déboussolé par les coups
durs et l'avalanche de gags absurdes inspirés du cinéma
muet
qui le muent sans pitié ni méchanceté en Sisyphe
dépité, accomplissant d'inutiles ou piteux exploits, à la
fois
somnambule et funambule-acrobate, clown beckettien paré d'accessoires
aussi futiles qu'enfantins, quêtant à croupetons
les preuves de son existence (ombre, empreinte, trace) ou bien de sa
disparition, tenaillé par
l'irrépressible envie de la fuite (train, bateau, vélo,
cheval), traçant à reculons ses pas d'échassier,
gravissant des
cimes d'où l'on ne descend pas, mais retombant finalement, toujours
sur ses pattes.
Est-ce parce qu'il est hollandais que Teun Hocks s'évertue à camper
des ciels bas, des
aires planes ou étendues désespérément
rases, des chemins sans retour où il s'aventure et
vaque, patinant sur place, défiant la lune ou cherchant de nuit
la lumière avec son briquet, en
quête d'un abri de fortune (maison, tente, hutte, cabane, nid,
niche), frêle esquif ou havre
inconfortable, refuge fragile pour ce perpétuel égaré,
naufragé de la réalité, sans compagnon ni
femme, résolument absente, sinon bannie, que compense mal le
réconfort passif des objets
familiers? La solitude, la vanité de tout, la peur panique du
néant, ainsi que le sens inné de la
faute, sanctionnée par la punition de l'exil, l'expiation du
temps qui file et que scande la lutte
dérisoire contre la puissance des éléments (pluie,
vent, orage, froid) hantent cet univers
d'illusion au sein duquel Teun Hocks, éternel vagabond, seul
survivant du monde, sorte d'Adam
d'après la chute ou de Robinson hardi sans Vendredi, s'ébroue,
creuse, bâtit, tricote, scie, crée,
regarde, fume, lit, écrit, mange, s'évade, s'enterre
ou s'effondre. Et subit mille avatars dûment prévus, imaginés
et
répétés en fonction de la prise de vue photographique,
croqués avant sur le papier en des esquisses délicates,
colorées à l'aquarelle ou au crayon, avant d'être
tirés sur du papier sépia, puis rehaussés à l'huile
par un artiste
complet, à la fois metteur en scène et acteur, décorateur,
paysagiste, accessoiriste, photographe et plasticien,
maître d'oeuvre d'un univers inédit où le jeu des échelles,
les trompe-l'oeil escheriens, la mise en abîme de l'art par
lui-même, sont traités jusqu'au vertige avec un humour
aussi rare en peinture qu'en photographie
Patrick Roegiers Un métaphysicien de l'imaginaire in « Réel
en option » Le Château d’eau, Toulouse.
Teun
Hocks est né en 1947 à Leiden aux Pays Bas.
Depuis 1977, Hocks réalise des films en super 8, des vidéos,
monte des pièces de théâtre, des performances et
poursuit inéxorablement son travail photographique qu’il
imagine à partir de dessins préparatoires.
Ses images sont issues d’épreuves succcessives (mise en
scène, fabrication des décors, prise de vue, rehausseà l’huile sur tirage sépia).
Depuis 1979, Teun Hocks expose dans de nombreux musées et galeries
en Europe, aux Etats-Unis, en Asie. |