L’exposition La crise du logement reprend
ironiquement un des thèmes récurrents de ce début
de siècle: la difficulté pour les nombreux citadins
que nous sommes de trouver un logis convenable pour un prix décent.
Car si chacun cherche son logement dans une espèce de frénésie
collective qui synthétise nombre d’angoisses de ce siècle
débutant, ce dernier demeure un espace de projection, d’investissement
personnel et même une possibilité résiduelle
pour un art privé, domestique, comme en témoigne cet
amour immodéré de nos concitoyens pour le “bricolage”.
Si l’aspect sociologique agira en toile de fond de cette exposition,
il ne sera pas question de dresser le catalogue des dysfonctionnements
immobiliers, des avantages comparés du dispositif Borloo ou
bien de faire le constat d’inégalités sociales
dont la crise du logement (la vraie) ne figure que le sommet de l’iceberg
mais plutôt de réunir un ensemble de pièces qui évoquent
cette question lancinante de manière allusive, grinçante
ou totalement décalée. Si la crise est bien réelle
par ailleurs, les artistes n’ont pas de réponses spécifiques à y
apporter, mais simplement, ces propositions artistiques qui ne se
préoccupent pas de leur efficacité dans le réel,
et agissent par la force de leur dérive poétique ou
de leur puissance humoristique, arrivent à mettre en crise
la crise, ce qui était le but recherché!
Ainsi, avec ce concert aléatoire de perceuses électriques
et autres instruments de torture acoustique par Delphine Reist, c’est
le confort d’une exposition qui est mis à mal en même
temps qu’il pointe une utilisation colatérale inédite
des joujous préférés des addicts de chez Leroy-Merlin.
En écho à ce détournement d’un usage conforme
des outils ad hoc, le sol d’Erwan Mahéo apparaît
comme une durable perturbation de la ligne droite : son plancher
marqueté d’arabesques s’attaque à la linéarité comme
figure de style obligatoire.
Ces repères orthonormés qui définissent le
cadre euclidien de notre habitat et le rigidifent sont aussi dans
le colimateur d’un garçon comme Ernesto Sartori, jeune
diplômé de l’école des Beaux-art de Nantes
dont le projet d’une spatialité tronquée défie
la toute-puissance des principes à la base de notre architecture
occidentale. L’architecture est également la cible du
travail de Benoit Roussel, appartenant à cette lignée
d’artistes belges réfléchissant sur les formes
de la construction pour en révéler les emprises symboliques
et les filiations avec les objets du quotidien.
La crise du logement n’est peut-être au final qu’une
vulgaire crise de la cohabitation : les aquarelles de Briac Leprêtre
dessinent un quotidien désespérément banal esquissant
des situations pathétiques et terriblement reconnaissables.
Surenchérissant sur cette réflexion, Sammy Engramer
apporte sa contribution grinçante sur fond d’actualité sportive...
Le travail de Patrice Gaillard et Claude trahit une fascination pour
le lisse entendu comme stade ultime de la modernité ; mais
derrière ce lissage se trament des scénarios qui altèrent
la complicité du mobilier, de la garde-robe : problèmes
d’échelle, de dysfonctionnements du dress code, d’extrusion
de matière inopportune. Armand Morin, jeune artiste issu de
la scène nantaise apprécie ces micro-objets au statut
indécis, ces cadeaux publicitaires à la fonction imprécise
: gadgets hybrides capables d’ouvrir des boîtes de conserve
tout en les éclairant d’une lampe halogène de
poche... En liant ces micro-encombrants par un système de
câbles et de manilles, il crée de mini-installations
aériennes et hyper graphiques qui les délivrent définitivement
de leur obligation chancelante de résultat. Sylvain Rousseau
cherche lui aussi à échapper aux problèmes de
rangement : ses “mises à plat” de logis divers
y apportent des réponses définitives tout en régénérant
des problématiques de représentation datant de la Renaissance.
Quant à Florence Doléac, une apologie de l’évasion
comme réponse à la crise du logement traduit de réelles
inquiétudes face à des hypothèses diffuses de
resserrement de l’espace ou de pourrissement des matériaux
: un peu comme si Al Gore s’était invité dans
l’exposition.
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