Yves
Bélorgey
Glenn Brown
Werner Büttner
Nina Childress
Florent Contin-Roux
John Currin
Daniel Déjean
Gabriele Di Matteo
Andréas Dobler
Franck Eon
Ernest T.
Simon Linke
Philippe Mayaux
Damien Mazières
Julian Opie
Joan Rabascall
André Raffray
David Renaud
Ed Ruscha
Daniel Schlier
« Je
ne veux pas copier des photos, je veux en faire »
Gerhard Richter (1)
Après une première exposition de peinture abstraite
l’hiver dernier (« Au delà de la géométrie
: art construit,
minimal, sériel »), le FRAC Limousin présente
aujourd’hui un ensemble de tableaux figuratifs acquis ces
douze dernières années autour de l’utilisation
du cliché photographique par la peinture. A ceci, plusieurs
raisons :
Une première intuition liée à la nature même
de la galerie des Coopérateurs, entièrement coupée
de
la lumière extérieure. La première idée
fut d’imaginer une exposition de « peintures électriques »,
en
comparant la différence entre un instrument acoustique et électrique,
une guitare, par exemple, à celle du
soleil et du néon.
Deuxième piste : des peintures intrigantes de John Currin
et de Glenn Brown, basées sur des clichés
photographiques réinvestis par la peinture. Et cette remarque
de Brown, « je veux que mes peintures se
sentent coupables de vouloir ressembler à des photographies ».
Des points communs comme le goût pour
l’illustration de science-fiction chez Brown et Dobler, par
exemple. Des connivences, comme l’utilisation d’un
tableau de Currin pour un film réalisé par Eon, celle
d’un slogan provocateur de Picabia par Ernest T., la
rencontre avec un site hyper-fauve de Picabia par Raffray, les relations
troubles de Di Matteo avec le
scanachrome et le peintre commercial firent l’intérêt
récurrent pour ces peintures nourries de photographies.
Ainsi, ces dernières années, le FRAC a présenté des
expositions importantes de Gabriele Di Matteo,
Ernest T., d’autres plus resserrées de Franck Eon, Nina
Childress, David Renaud, Daniel Déjean et Werner
Büttner, et a constitué au fil des ans un ensemble exceptionnel
de Photopeintries (2) .
Par ailleurs, certaines convergences dans l’actualité récente
du débat sur la peinture figurative alimentèrent
la réflexion:
- l’exposition Cher peintre… (Centre Pompidou, 2002) où il
s’agissait précisément de répondre à la
question de comment peindre après l’ultime Picabia ? avec
des oeuvres de Picabia, Currin, Brown,…(3),
- la rétrospective Picabia au MAMVP, admirablement présentée
par le célèbre duo d’artistes suisses
Fischli et Weiss, et la cohorte d’artistes invités à collaborer
au catalogue de l’exposition pour déployer les
innombrables influences de Picabia, symbole de la frivolité,
de la liberté contradictoire absolue (4)
Le Fonds Régional d’Art Contemporain Limousin reçoit
le soutien de la Région Limousin et de l’Etat (Ministère
de la Culture et de la Communication / Direction Régionale des
Affaires Culturelles du Limousin)
- la grande rétrospective Douanier-Rousseau au Grand Palais
qui présentait, entre chaque salle
chronologique, des vitrines avec les images sources du célèbre
peintre « naïf » qui fascina tant Matisse et
Picasso (5).
Enfin, la rencontre déterminante avec Nina Childress et ses
recherches universitaires en cours
permirent d’articuler avec précision ce premier épisode
de photopeintries sous-titré comment peindre
après Picabia et Richter ?.
C’est d’ailleurs la question qui a été posée à chacun
des artistes de l’exposition, non sans y avoir
apporté quelques précisions :
Francis Picabia, le peintre de toutes les manières successives
(6)
Gerhart Richter, celui des différents styles menés en
parallèle, simultanément (7)
En laissant la possibilité de remplacer ces deux noms par d’autres
de leur choix (Magritte et ses « collages
peints » selon le terme de Max Ernst, Warhol, Hopper). Leurs
réponses seront publiées dans le journal du
visiteur. L’exposition s’organise selon trois
thèmes principaux :
- un ensemble de paysages (forêt tropicale, zone urbaine ou
périphérique, désert : Raffray, Ernest
T., Opie, Bélorgey, Büttner, Mazières, Renaud,
Eon)
- une série de scènes d’intérieur (Childress)
et de peintures faisant référence au livre, au texte
et à la
matière imprimée (Linke, Di Matteo, Ruscha, Ernest
T.)
- un groupe de portraits (Eon, Currin, Brown, Rabascall, Childress,
Rabascall,), même si certaines
oeuvres ne rentrent dans aucune de ces catégories (Renaud,
Dobler, Mayaux)«
Pour que vous aimiez quelque chose, il faut que vous l’ayez
déjà vu ou entendu depuis longtemps,
tas d’idiots!» Francis Picabia 1920 (repris par Ernest T. en 1985)
Dans le parcours proposé, il s’agit parfois de voir
double, de re-voir, souvent, de s’arrêter longtemps pourê
tre en accord avec le temps du tableau, beaucoup plus long que celui,
instantané, de la photographie, mais
surtout d’entreprendre un travail de lecture approfondie de
ces clichés réévalués par la noble peinture.
S’y
superpose bien entendu la question du style, ou plutôt des
styles, de la stylisation comme le pointe Nina
Childress.
En plus du quoi peindre (la question du sujet), la question du comment
peindre (la manière) surgit aussitôt,
avec toute sa dimension psychologique. Une sorte de peinture au second
degré, en quelque sorte, où le
peintre choisit d’abord une image et l’exécute
ensuite, avec plus ou moins d’application, de ruse ou, au
contraire, de distance, de façon sommaire, en l’agrandissant,
en la contrastant davantage, en l’enfouissant
parmi d’autres, en lui redonnant de nouvelles qualités,
lui en faisant perdre d’autres. Peindre d’après
une
reproduction, c’est faire machine arrière dans le processus
de dégradation inévitable (« la perte d’aura »)
de
l’image en série, quitte à paraître anachronique.
Le Fonds Régional d’Art Contemporain Limousin reçoit
le soutien de la Région Limousin et de l’Etat (Ministère
de la Culture et de la Communication / Direction Régionale
des Affaires Culturelles du Limousin)
La question de la croyance envers les images et les
clichés indique, en creux, celle de notre relation aux
media et à ses icônes, de notre condition de spectateurà un âge
de saturation hyper-spectaculaire. Le photopeintre produit un ralentissement,
un effet retard, qui nous
permet de savourer, avec la culpabilité du faux-naïf,
ce
sentiment anachronique du déjà-vu.
Yannick Miloux, octobre 2007
(1)
G. Richter : Textes-lettre à J.C.Amman,
fév.73, Dijon : les Presses du Réel, 1962-93, p.64
(2) néologisme fabriqué en référence à Raoul
Haussmann, auteur du fameux « Poésure et peintrie » qui
désigne, de façon amusante
(une fausse erreur de traduction, une choix plus phonétique
que sémantique, pour une fois) l’amplitude et la richesse
des relations
entre poésie et peinture.
(3) oeuvres de K. Althoff, C. Benzaken, G. Brown, B. Buffet, B.
Calvin, J. Currin, P. Doig, S. von Hellermann, A. Katz, K. Kauper,
M.
Kippenberger, E. Perez, B. Perramant, E. Peyton, F. Picabia, S.
Polke, N. Rauch, L. Tuymans,
Centre Pompidou, 2002, commissaire : A. Gingeras.
(4) au sommaire du catalogue, on trouve les noms des artistes contemporains
suivants :
Peter Fischli et David Weiss, John Armleder, Herbert Brandl, Verne
Dawson,
Erik Dietman, Cerith Wyn Evans, Barry Flanagan, Hans-Peter Feldmann,
Mike Kelley, Bertrand Lavier, Jean-Jacques
Lebel, Paul McCarthy, Philippe Parreno
(5) ce qui rend encore plus plausible la démarche d’Ernest
T. reconstituant les tableaux perdus du Douanier-Rousseau à partir
des
titres, des dates, des dimensions et de cartes postales et autres
sources imprimées.
(6) Nina Childress consacre une série de huit chapîtres
aux ruptures stylistiques de Picabia : hyper-fauvisme, pseudo-cubisme,
orphisme, amorphisme, révolutions dada, copies neutres,
monstres, transparences, divers styles des années 30, nus,
sur-irréalisme,
in Mémoire de Master, Unviversité Paris 8, juin 2006
(7) Le style Richter a fait école: Eberhardt Avekost, Paul
Winstanley, Carole Benzaken, Philippe Cognée, Régine
Kolle, Thomas Ruff,
Nina Childress, Luc Tuymans, Adam Adach, … |