Artiste toulousain disparu en 1987,
Marfaing a croisé la route d’Olivier Debré et de Bengt Lindstrom
: tous trois ont travaillé ensemble. Cette amitié est
le point de départ d’une exposition essentiellement
consacrée à Marfaing mais articulée autour des
oeuvres réalisées en commun en 1974.
"Les autres disent que je peins en noir et blanc. Ne voient-ils
autre chose ?" écrit André Marfaing. Quoi ? Sinon
ce flux immédiat de lumière immanente et tangible à la
fois, d’autant plus fascinant qu’il reste impossible à cerner,
ni même à définir ; sans lieu assigné,
presque magique, il traverse le champ pictural davantage qu’il
ne le construit, tel l’éclat incisif des minéraux
dans la pureté d’un ciel de montagne.
Sans doute est-il le résultat d’une énergie
continue et maîtrisée qui, par delà le geste
et l’écriture des premières toiles, s’apaise
enfin dans la plénitude spatiale des derniers tableaux.
"N’avez-vous jamais (…) éprouvé le
sentiment que la clarté qui flotte, diffuse, dans la pièce,
n’est pas une clarté ordinaire, qu’elle possède
une qualité rare, une pesanteur particulière ? N’avez-vous
jamais éprouvé cette sorte d’appréhension
qui est celle que l’on ressent face à l’éternité,
comme si de séjourner dans cet espace faisait perdre la notion
du temps, comme si les ans coulaient sans qu’on s’en
aperçoive, à croire qu’à l’instant
de le quitter, l’on sera devenu soudain un vieillard chenu
? “ (Tanizaki Junichiro, Eloge de l’ombre, 1933)
Telle est aussi la force des oeuvres de Marfaing
qui, de la matière à la
lumière, conçoit la liberté et le destin de
sa peinture sans autre référence qu’elle même
et que sa propre évolution.
Suprême éclat d’un regard qui plonge dans “la
soie du silence” (Rilke)
André Marfaing est un peintre français non figuratif.
Pour lui, il ne s’agit pas de représenter la réalité naturelle
mais de débarrasser la peinture du poids représentatif,
de dépasser le tangible pour matérialiser l’implicite,
avec un minimum de moyens. Il a travaillé l’huile et
la gravure, utilisant principalement le noir, dans une peinture abstraite,
ascétique, d’une réelle puissance. Ses émouvants
contrastes lumineux, la stupéfiante rencontre du noir et du
blanc provoquent une explosion dans le regard. Marfaing joue avec
le noir et le blanc, chevauche par delà des limites qu’il
surmonte dans un grand souffle de liberté et de formes purifiées.
Un noir englobant et séduisant à la fois, défiant
le blanc dans un dialogue fait d’ombres et de lumière.
Sa pratique du fusain et de la lithographie, son amour pour l'art
roman et ses sculptures, l’ont sans aucun doute préparé à appréhender
les interactions entre l'ombre et de la lumière, sur lesquelles
il orientera fermement sa peinture, d’une telle intensité,
qu’elle se suffit à elle-même, qu’elle en
fait presque oublier le peintre.
Son oeuvre est l’impressionnante attestation d’une génération
qui, au sortir de la guerre, ayant tempéré la part
d’artifices et d’accessibilité de la peinture
figurative, s’est engagée dans la voie des nécessités,
et a assumé l’aventure, alors audacieuse, de l’abstraction.
Marfaing ne titre jamais ses œuvres, ne souhaitant pas influencer
le spectateur mais lui laisser plutôt toute liberté d'interprétation
: seules les dimensions et la date sont attribuées comme référence.
André Marfaing a croisé la route d’Olivier Debré et
de Bengt Lindstrom : tous trois ont travaillé ensemble. Cette
amitié est le point de départ d’une exposition
essentiellement consacrée à Marfaing mais articulée
autour des oeuvres réalisées en commun par le trio
d’artistes en 1974. Des artistes qui, chacun à leur
manière, partagent l’aventure du geste et de la couleur.
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