Artistes : Patrick Bernier, Olive
Martin et Myriame El Yamani, Simon Dybbroe Møller,
Maria Eichhorn, Michel François, Aurélien Froment,
Ryan Gander, Mario Garcia Torres,
Loreto Martinez Troncoso, Falke Pisano, Clément Rodzielski,
Günter Saree, Yann Sérandour, Lawrence Weiner, Ian Wilson,
Jordan Wolfson
Commissaires d’exposition : Mélanie
Bouteloup et Christophe Gallois
Rassemblant une exposition et un cycle de conférences, projections
et performances, le projet In the Stream of Life s’intéresse
aux modes de circulation de l’oeuvre d’art : en quoi
une oeuvre peut-elle être pensée en termes de circulation
d’une expérience ? Le titre du projet est emprunté à un
dialogue du film de Lawrence Weiner Plowman’s Lunch (1982),
dans lequel un personnage prononce la phrase : “an idea only
has meaning in the stream of life” [une idée n’a
de sens que dans le flot de la vie]. À travers ces mots, Weiner évoque
l’importance pour une idée, pour une oeuvre, d’être
confrontées au réel, de circuler, pour faire sens.
Dans plusieurs de ses films, cette approche de l’oeuvre comme
circulation se traduit notamment par l’insertion, au sein des
dialogues et de la narration, de plusieurs de ses oeuvres, ses célèbres “statements”.
Ceux-ci sont lus et récités par les personnages, ou
encore peints dans l’espace public, autant de possibilités
d’activer l’oeuvre “dans le flot de la vie”.
La manière dont ces oeuvres sont activées peut être
rapprochée de la notion de narration telle qu’elle est
développée par Walter Benjamin dans son essai Le Narrateur
: "Ce que le narrateur raconte, il le tient de l’expérience,
de la siennne propre ou d’une expérience communiquée.
Et à son tour il en fait l’expérience de ceux
qui écoutent son histoire”. Il oppose notamment le mode
de circulation de la narration, basée sur la transmission
d’une expérience laissant place à une multitude
d’interprétations et d’appropriations, à la
non-circulation de l’information, toujours déterminée
par une explication qui en restreint le sens et la portée.
Pour Benjamin, ces deux modes de circulation se différencient également
par les différentes temporalités qu’ils mettent
en oeuvre. Là où l’information “n’a
de vie qu’en ce moment où elle doit se livrer“,
la narration jouit au contraire d’une temporalité à chaque
fois renouvelée : "Elle conserve ses forces concentrées,
et longtemps après sa naissance elle reste capable déclosion".
Transposée dans le champ des arts visuels, la notion de narration
développée par Benjamin met en avant plusieurs questions
que nous souhaitons explorer dans le cadre de ce projet. Une première
direction concerne l’oralité comme mode de circulation
de l’oeuvre. Comment une oeuvre peut-elle être activée,
racontée ? Nous nous intéresserons également à la
part d’oralité, la portée narrative présente
dans des pratiques narrative qui ne sont pas directement liées à la
parole. Dans Le Narrateur, Benjamin montre que la narration ne saurait
se résumer à la transmission orale : ce qui est en
jeu, c’est avant tout un certain rapport à l’oeuvre,
pensée en termes de circulation et d’activation dans
le temps. L’exposition In the Stream of Life rassemble ainsi
des oeuvres conçues comme l’activation d’une narration
et le centre d’un réseau de connections et de références
complexes. En lien avec cette approche de la narration, une troisième
direction s’intéresse à l’exposition comme “théâtre
des opérations”, une expression empruntée à l’artiste
Michel François, comme l’espace et le temps d’un
dialogue entre les oeuvres.
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