Des mains présentes et toujours conservées
dans la masse de l’image. Des mains qui déshabillent
le blanc des images, qui la défroquent, et ce sont ces mêmes
mains qui tuent et si le cinéma était resté au
stade du muet cela aurait contribué à créer
une sorte de thesaurus d’anthropologie visuelle où la
main seule actrice, serait devenue maîtresse du jeu en touchant
juste du doigt le blanc des surfaces. Voilà ce qui nous manquait,
ce lien entre vidéo et cinéma réconciliés,
entre l’arrêt et la promesse de départ. Frédéric
Lecomte élabore donc des carnets vidéo exécutés à la
vitesse d’un croquis, le croquis d’une image qui bouge,
et son dernier opus pose bien toujours la même chose à ceci
près que son trait capture des images cinéma, des images
télé, une somme d’images qu’il réactive
par la suite quand il les découpe et les vide, et c’est ça
le « décorps » de cette exposition où la
vidéo se joue comme le théâtre de l’équivoque,
comme l’équivoque même du théâtre,
ce qui, de donner à voir, expose le vrai et l’illusion
dans un même mouvement de don et de retrait. Mais ces images
détourées, squelettes de l’image devenue sans
ressemblance posent le problème, non de savoir ce qu’elles
veulent montrer, mais ce qu’elles ne montrent plus. Squelette
d’une image cinéma, pour ce dernier il s’agit
là de son certificat de présence. En a-t-il besoin
? Sans doute, car négocier avec les images c’est aussi
négocier avec le réel et - comme l'écrivait
Philippe Dagen dans Le Monde du 17 juin 2005 - "Lecomte s’y
emploie en ne conservant ainsi que le bref effet de choc, coups de
feu et étreintes inlassablement répétés
comme les 2 seules figures de style d’une imagerie qui ne connaît
que 2 arguments pour se vendre, le sexe et la mort. "
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