vernissage
le vendredi 24 novembre 2006 à partir
de 18 h - ouvert
du lundi au samedi de 14 h à 18 h sauf jours fériés
visites accompagnées le samedi 16 décembre à 15
h au Frac - entrée libre
COMMISSAIRE
: EVA GONZÁLEZ-SANCHO
Gitte Schäfer (née en 1972 à Stuttgart) expose
au Frac Bourgogne un ensemble important d’œuvres, provenant
de différentes collections, qu’elle a choisi d’associer à des
réalisations spécifiques pour ce lieu. Elle a engagé depuis
2000 une observation attentive de l’effet du temps sur les
images et objets produits, diffusés, oubliés, ressurgis,
en imaginant des peintures et sculptures qui semblent tout à la
fois hors d’âge et d’une étonnante proximité.
Sa pratique se situe dans le domaine de l’insolite, de l’étrange
et crée dans l’espace d’exposition un lieu qui
oscille entre le cabinet de curiosités et le paysage fantastique.
Les jeux d’association multiples sont pour beaucoup dans le
plaisir de l’artiste mais aussi celui du visiteur. L’œuvre de Gitte Schäfer repose sur des principes
que l’on peut associer dans un premier temps à la liberté de
l’enfance, celle du jeu, de l’intuition et de l’émerveillement.
Loin de toute naïveté cependant, l’artiste joue
des multiples références artistiques et de la familiarité des éléments,
pour nous emmener dans un univers très singulier et étrangement
décalé.
Gitte Schäfer collecte des images et objets, au gré de
ses lectures de magazines d’hier ou d’aujourd’hui,
de sa fréquentation des brocantes et vides greniers ou encore
de ses trouvailles offertes par le hasard. Elle s’approprie
ces accumulations de diverses manières. Dans certains cas,
elle reproduit des détails d’images ou de tableaux trouvés
qu’elle peint à l’acrylique, dessine à l’encre,
au crayon de couleur ou encore au stylo bille. Pour d’autres,
elle effectue des collages sur différents supports. Elle réalise également
des sculptures pour lesquelles elle assemble les objets selon leur
forme, leur matière ou leur couleur. Leurs structures verticales
s’élèvent à différentes hauteurs, étranges
totems ou mâts de dévotion surmontés d’un
globe terrestre, d’un voilier, d’une balance ou d’autres
formes encore. A la manière dont l’Occident a pu regarder
certains objets des cultures africaines, asiatiques ou océaniques
comme de purs gestes esthétiques, allant même jusqu’à oublier
leur valeur d’usage, Gitte Schäfer laisse en suspens l’interprétation
de ces étranges mâts, non sans provoquer un certains
trouble. S’agit-il de la présentation ostentatoire d’un
objet signifiant ? Il manquerait alors l’origine tout autant
que le destinataire pour en comprendre la portée. Ces sculptures
se nomment Angelo, Jean, Vermer. Peut-être, comme le suggère
ces titres, le choix des objets est-il lié à une personne,
célèbre ou anonyme. L’artiste précise
: « Certains de ces noms proviennent de mythes anciens ou d’autres
langages et véhiculent, comme d’autres motifs, des clichés
très communs, qui regroupent une infinité de lectures
possibles.» La culture serait alors au centre de ses intérêts, « les
cultures » serait plus exact tant les références
se croisent au point d’en devenir caduques. Art ou artisanat,
travaux manuels ou pratiques savantes, représentations figuratives
ou abstraites, images « originales » ou maintes fois
vues, tout se mêle sans distinction. Nombreux sont les artistes à avoir
travaillé sur les imageries au cours du XXème siècle,
pour en saisir l’aspect sociologique ou par iconoclasme, pour
en faire des emblèmes ou des pastiches. Ce n’est pas
le propos de Gitte Schäfer qui, peut-être, cherche l’endroit
où ces diverses pratiques peuvent entrer en résonance.
Une part importante de
l’œuvre de Gitte Schäfer
réside dans la manière dont elle conçoit ses
expositions. Les oeuvres en deux ou trois dimensions sont regroupées
dans des installations hétéroclites, mêlant tableaux
et objets, qui dégagent une certaine désuétude.
En effet les objets et les motifs semblent sortis d’un autre âge,
difficiles à dater tant chacun, pris isolément, pourrait
sortir tout aussi bien de n’importe quel bazar ou boutique
touristique d’aujourd’hui. Leur présence familière
lie immédiatement l’art à la vie, au mobilier,
aux appartements dans lesquels s’accumulent les objets de toute
nature au fil du temps, ce qui leur confère également
une certaine dimension affective. Les objets sont inscrits dans un
passé indistinct et une vague nostalgie pourrait flotter autour
des oeuvres. Pourtant, l’artiste prend garde de ne jamais laisser
le spectateur là où il pourrait se glisser par confort
ou convention et de le détourner vers des chemins moins sûrs.
L’art de jouer avec les lieux communs et d’en démultiplier
la portée.
Les espaces sont ponctués régulièrement d’objets
qui brouillent encore les pistes. A la manière du Surréalisme,
une main sort du mur (exposition Magpies’Booty, New York, 2005),
une biche en plastique est posée au sol (exposition The Raven
is Dead, Copenhague, 2005) ou encore un hexagone en miroir est surmonté d’une
patte de chevreuil (Ernest, 2006). Par leur rupture d’échelle
ou leur nature hétérogène, ces objets perdent
un peu plus le regard. Les relations entre les œuvres, structures
d’abord chaotiques, révèlent peu à peu
leur savant ordonnancement. Celui-ci travaille avec beaucoup de complexité le
lien à l’espace du lieu, sous les apparences très
classiques d’un simple accrochage. Les jeux de lignes et les
points de fuite, les perspectives et illusions, les axes en deux
et trois dimensions composent une véritable polyphonie. « Dans
la musique, les aspects disharmonieux peuvent, suivant un certain
ordre, devenir de nouveau harmonieux. » souligne Gitte Schäfer
qui recourt souvent à la métaphore musicale pour évoquer
la manière dont procède son travail.
Dans l’abondance des voies qu’ouvre l’œuvre
de Gitte Schäfer, on pourrait souligner également la
manière dont elle fait se rencontrer l’art de l’exposition
avec celui plus prosaïque de la décoration d’intérieur.
Les dimensions décoratives sont très présentes
dans l’art du XXème siècle et Gitte Schäfer
joue avec elles à travers, par exemple, l’usage de nombreux
motifs, l’évocation de l’objet mobilier ou l’inscription
des œuvres dans un environnement quasi paysagé. Ainsi,
loin de toute démonstration, Gitte Schäfer fait appel à l’ornement,
en définit les contours là où il touche à de
nombreuses pratiques artistiques ou non. Elle en conçoit des
expositions pleine de générosité, envisageant
l’œuvre comme un lieu du lien, soulignant ses dimensions
culturelles tout autant qu’émotionnelles communément
partagés.
Claire Legrand
Cette exposition est réalisée avec le soutien du ministère
de la Culture (Direction régionale des affaires culturelles
de Bourgogne), du Conseil régional de Bourgogne, et du Conseil
Général de la Côte-d'Or et de la Maison de Rhénanie-Palatinat
(Dijon).
Remerciements pour le
prêt des oeuvres à : Galerie
Medhi Chouakri, (DE), Kirkhoff - Contemporary Art, Copenhague (DK),
Galerie S.A.L.E.S., Rome (IT), Galerie Chez Valentin, Paris (FR),
collection Paul Maenz, Berlin (DE), collection Gerd de Vries, Berlin
(DE)
Le Frac Bourgogne est
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