Jacques Halbert est né en 1955 à Bourgueil.
Après avoir passé une vingtaine d’années
aux Etats-Unis, il vit et travaille actuellement à Candes-Saint-Martin
(Touraine).
C’est en 1975 qu’il peint sa première cerise. Dès
lors, ce sujet gourmand ne cessera plus de nourrir son oeuvre prolifique,
animant selon des rythmes réguliers ou des compositions aléatoires
la surface monochrome, de préférence bleue, de ses toiles.
Le motif de la cerise comme revendication de sa position artistique
mena l‘artiste de la peinture à la performance, de la
France aux Etats-Unis, lui faisant partager l’aventure de Fluxus
ou s’associer aux expériences du Eat Art. Cependant, toutes
les voies explorées, comme les différents mediums et
supports utilisés, n’ont jamais pu détroner l’attachement
profond de l‘artiste à la peinture, qui demeure pour lui
la pratique fondatrice. De même, s’il se dirige régulièrement
vers d’autres sujets tout aussi culinaires, tels les petits pois,
pommes de terre fumantes ou peintures gratinées, la cerise est
le seul motif qui traverse de façon continue son travail sur
ces trente dernières années.
Le CCC propose la première "rétrospective" des
cerises dans le travail pictural de Jacques Halbert. Depuis la première
toile de 1975 faisant apparaître ce sujet insolite jusqu’à ses
nouvelles productions aux formats monumentaux en dialogue avec l‘architecture,
cette exposition choisit cet angle curieusement thématique afin
de rendre lisible l‘étonnante continuité de ce
travail. Au delà de l’effet de " signature " qui
lie ce motif à l’artiste, l’exposition entend mettre à jour
les déclinaisons infinies qui s’expriment dans ces inlassables
répétitions, et en cela appréhender les qualités
et préoccupations proprement picturales du travail de Jacques
Halbert. Il s’agit ici également de s‘interroger
sur l‘étonnante résistance de ce sujet à l‘épuisement,
comme si chaque nouvelle cerise posée sur la toile renouvelait
dans la gourmandise l’essence même du désir de peindre.
La cerise est apparue dans le travail de Jacques
Halbert au milieu des années 70, comme une réaction provocatrice à l’aspect
cérébral du mouvement Support/Surface omniprésent
dans l’envionnement artistique du moment. L’irruption
incongrue, presque charnelle, des cerises sur les toiles bleues que
l’artiste réalisait alors signent une réappropriation
de sa pratique en accord avec sa personnalité profonde, celle
d‘un artiste épicurien, digne héritier des exubérances
dada, tendance Picabia. La cerise le mène rapidement sur le
terrain d‘un art d’attitude, prémice des performances
qui consitutent un pan important de sa pratique : l’artiste
se fit connaître à la même époque en arpentant
avec son triporteur les vernissages parisiens, vendant gâteaux
et tableaux aux cerises.
L’art de Jacques Halbert est nourri à tous ses niveaux
de la grande histoire de la peinture. Ses oeuvres „cerisistes“ utilisent
un motif explicitement figuratif pour un travail abstrait. De la
même façon, elles se situent de façon étonnante
au confluent de deux états d’esprit divergents des avant
gardes qui ont depuis les années 70 profondément redéfini
le paysage artistique. Par certains aspects, son travail rapelle
certains mouvements radicaux, qui ont repoussé la peinture
dans ses limites les plus extrêmes, comme BMPT, (notamment
Daniel Buren et Niele Toroni), Support-Surface, mais aussi des démarches
singulières comme Roman Opalka. Mais en choisissant la cerise,
Jacques Halbert courtcircuite cette tendance radicale en y intégrant
humour et dérision, ainsi qu’une vitalité pop,
qui le situent aussi dans la filiation de l’esprit Fluxus et
de toutes les tentatives artistiques visant à relier l’art
et la vie.
Site de l’artiste : www.jacqueshalbert.com
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