Un dispositif particulier -englobant l’ensemble des espaces
du Frac- est mis en place à l’occasion de cette exposition.
Une interprétation de la loge des frères Fratellini
(salle Mario Toran) fait écho à la mise en scène
du Club et de ses dessous : l’envers du décor est transformé en
plateau de tournage mobile tandis qu’un «stand» accueille
une multitude d’objets, d’accessoires et d’éléments
de décor produits par Michel Aubry (grande salle). Entre coulisses
de théâtre et cimaises abandonnées, entre cirque
et foire-exposition, c’est un véritable espace hybride
que l’artiste invente pour cette exposition au Frac : «une
porte ouverte par laquelle tout le monde regarde» (Rodtchenko).
Enfin, la galerie du cartable (David Legrand, Fabrice Cotinat, Henrique
Martins-Duarte) occupe furtivement cette zone, au cours de séances
de tournage ou de projections. Le hall du Frac accueille quant à lui
une installation de costumes selon un collage qui renvoie directement à l’un
des photomontages de Vladimir Tatline.
MICHEL AUBRY
Depuis une quinzaine d’années, Michel Aubry s'est créé une
place singulière dans le monde de l’art contemporain
en développant toute une œuvre dont la démarche,
plutôt conceptuelle, cultive tradition et modernité,
musique et arts plastiques, son et sculpture. Dans ses premiers travaux,
il poursuit une recherche fondée essentiellement sur le domaine
musical et les Launeddas (parmi les plus anciens instruments de musique
sarde) lui fournissent une véritable grammaire.
LE CLUB OUVRIER
Cette «Mise en musique du Club ouvrier de Rodtchenko» par
Michel Aubry respecte le dessin constructiviste et les couleurs utilisées
par l’artiste russe tout en combinant des proportions empruntées
aux codes de la musique sarde. Les éléments de mobilier
(le dévidoir d’affiches, les sièges de l’échiquier,
le présentoir de photographies, la bibliothèque, une
tribune, un écran de projection, etc. ) subissent ainsi une
distorsion déterminée par les notes de musique que
l’artiste a gravées dans les champs de la menuiserie.
Ainsi, pour la bibliothèque, la largeur de chaque tablette
est égale à la longueur du son gravé dans le
support. De même, l’échelle des cinq notes choisies
pour former les étagères reconstruites est celle d’un
Pentacorde, joué sur une canne mélodique de roseau
percée de cinq trous. Pour parachever cette mise en musique,
des «anches» en roseau sont fichées dans chacun
des supports et le spectateur s’il soufflait dans ces «meubles-instruments» produirait
la note voulue qui détermine la hauteur ou la largeur des éléments.
L’artiste combine ici magistralement la fonctionnalité du
Club ouvrier avec des formes qui obéissent à des échelles
musicales. Enfin, «tous les objets et le mobilier sont peints
en quatre couleurs - gris, rouge, noir et blanc. Le plan de coloration
a une signification organisationnelle - il différencie et
souligne l’utilisation, les parties et la nature des objets» (Varvara
Stepanova, Le Club ouvrier, 1926).
L’envers du décor, «l’arrière» du
Club ouvrier de Rodtchenko devient un lieu de tournage parfois public,
où évolue David Legrand dans le rôle de Rodtchenko.
Ces scènes tournées sont des évocations de la
correspondance de Rodtchenko avec sa femme. Il y relate son séjour à Paris
en 1925 alors qu’il conçoit l’exposition du Club
ouvrier. Ce club se veut une véritable image du corps social,
dans une volonté d’adéquation avec le processus
politique voulu par l’Union Soviétique d’alors.
Dans ce film, auquel Michel Aubry travaille depuis trois ans, sont évoqués
la curiosité, la déception et le regard désenchanté que
Rodtchenko porte sur le monde occidental : à l’image
du salon des indépendants où il ne voit que « l’absence
de talent » tandis qu’à ses yeux la loge de Frères
Fratellini même si elle n’a « rien de particulier» montre
malgré tout que «ce sont des artistes». Dans la
salle d’exposition du Frac transformée partiellement
en plateau de tournage, des objets conçus par l’artiste
et du matériel de cinéma serviront d’écrin à des
dialogues fictifs et décalés écrits spécialement
par la Galerie du cartable : pour les besoins de l’un de ces
films, Le Cabanon de Le Corbusier mis en musique, de Michel Aubry,
a été transformé en boutique de marchand de
tapis.
LA ROULETTE FRANÇAISE ET LE STUDIOLO
œuvres de Michel Aubry, collection du Frac des Pays de la Loire
du 10 novembre 2005 au 8 janvier 2006
musée départemental Dobrée,18 rue Voltaire,
Nantes.