"Fabriques", c’est
un format d'expo qui fonctionne comme un mono/duo ou un mono/trio
:
2 ou 3 artistes n’ayant pas d’expérience d’exposition
commune, pour une présentation à la fois « perso » (le
bbb est assez grand pour le permettre) et en connexion. Sans en faire
une exposition collective, il s’agit de déplacer un peu
les lignes d’une présentation monographique en présentant œuvres
produites pour l’occasion et œuvres plus anciennes. Et de
présenter des artistes géographiquement d’horizons
différents (cette année, Toulouse, Paris, Marseille),
qui se rencontreront dans l’expérience de travail ensemble
: pour une circulation des idées et des projets.
Ce principe, qui se joue des potentiels du lieu et de l’exercice
même de l’exposition sera reconduit : un rendez-vous par
an.
La thématique cette année : jeux de (dé)construction
de l’image et des espaces pour cette première édition,
l’espace du bbb se prêtant naturellement à des installations.
Yannick Papailhau pratique allégrement l’art de l’installation à partir
de matériaux de récupération et, ce qui est loin
d’être anodin, de matériaux de construction qui
seront détournés… pour une déconstruction
des espaces et des lectures possibles de son travail. Entre construit
et désordonné, maquette pré projet et improvisation
in situ, sculpture et accumulation éphémère, l’artiste
interroge de fait des rapports entre l’espace de l’exposition
et l’espace extérieur, le «bâti» ramené à l’intérieur.
Et, histoire de n’être jamais à la même place,
Yannick Papailhau présentera également des machineries
aux mécanismes subtils ne souffrant elles aucune improvisation…
Estelle Vernay plantera elle un décor non pas de carton-pâte
mais pas loin. Son héroïne de cinéma : la maison-type
de films d’horreur (Scream, la nuit des morts vivants) ramenée à une
silhouette bidimensionnelle. Hors contexte, hors histoire, hors «film»,
ces archétypes disposés dans l’espace de l’exposition,
scénographiés (lumières, vidéo projection)
nous ramènent à une nouvelle appréhension d’un
univers qui reste de l’ordre de la narration cinématographique.
Spectateur, acteur ?
Elvire Bonduelle présentera ses «dessins à la règle »,
dessins d’intérieurs meublés. Avec cette contrainte,
elle propose des espaces aux perspectives passablement… déréglées.
Une forme légère (A4, crayons de couleur), en extension
(les 1ers dessins remontent à un an et demi), comme un espace-temps à part
dans sa production artistique. Un contrepoint aux propositions de Yannick
Papailhau et Estelle Vernay, dont les oeuvres s’imposeront dans
l’espace physique de l’exposition. Presque invisibles à première
vue, ces dessins fonctionneront en double déclic, jouant de
temps différents de perception des œuvres.
"
Fabriques mikado", une manière concrète de rappeler
que l’expérience de l’exposition est une expérience
sensible, active, entre artistes, centre d’art et publics, permettant
multiples niveaux de lecture et de pratiques… et que l’espace
d’exposition est à réinventer à chaque fois.
Cécile Poblon
|