Philippe Bazin, Michel Herreria,
Marjorie Thébault.
Trois artistes qui viennent d'horizons et de pratiques différentes
et que réunit ici l'utilisation de l'image numérique.
Marjorie Thébault, dans son film « Ricochets », établie
l'aspect fondamentalement poétique de sa relation au territoire.
Elle a réalisé des "galets à ricochets" en
céramique. Ces galets sont lancés sur des surfaces
d'eau, mers, lacs de montagne, ruisseaux. Chaque lieu est un paysage
ou le devient, autour du ricochet. Tous les lancés sont filmés.
Tous les lieux sont cartographiés et chaque carte est raccordée
simultanément, en diptyque, avec le paysage où à lieu
le ricochet. Un plan filmique, bref, de vent dans un arbre, rythme
le montage comme un refrain. Ce plan ramène toujours l'opération
artistique à un endroit précis. La vidéo ainsi
obtenue est associée à des photos, des "portraits" des
galets disparus qui défilent sur un moniteur. Il reste beaucoup à dire
sur ce dispositif, la fabrication des galets, leur disparition, les
ricochets un peu partout, l'arbre et le vent qui marque un retour
perpétuel vers un espace intime...
Michel Herreria est peintre. Pour cette exposition,
il peint directement à la
palette graphique des tableaux qui seront projetés. Ces tableaux
sont fixes ou animés, sonores ou pas. Le travail de cet artiste
vient du dessin, du trait au sens le plus aigüe : « trait
d'esprit ». Il s'intéresse aux mots (maux) du social.
Ses witz graphiques ont pour thème l'absurde, l'homme piégé dans
la prolifération des grilles qui accompagnent nos systèmes.
Son travail est un théâtre tragi-comique où les
mots et les actes des « décideurs » deviennent
des personnages de scènes livrés à eux mêmes.
Philippe Bazin qui est des trois artistes le plus
connu propose ici un projet qui a son origine dans la photographie
de foule de
Woodstock en 1969. Cette photographie est reproduite à l'intérieur
de l'album vinyle de l'époque. A partir de celle-ci l'artiste
cadre et scanne chaque visage du premier plan au dernier plan, dans
un ordre précis. Il en résulte 426 visages qui sont
projetés sous la forme d'un diaporama de 14 minutes. Le tout
accompagné d'une bande son qui correspond aux moments sonores
existant sur l'enregistrement live en dehors des morceaux de musique.
Ces trois vidéos, indépendantes entres elles, forment
trois théâtres où chaque artiste décide
de s'affronter à quelque chose d'essentiel :
Retrouver un espace de contemplation, un espace à soi, non
négociable, chez Marjorie Thébault.
Révéler la manière insinuante, contraignante
et absurde de l'encadrement du monde chez Michel Herreria.
«
Affronter l'institution »*, selon les termes de Christiane
Vollaire, chez Philippe Bazin.
* Christiane Vollaire, La radicalisation du monde,
l'Atelier d'édition
et Filigranes éditions, 2009
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