Alacrités et autres dérives réunit
un ensemble de 5 pièces conçues par Valérie
du Chéné spécialement pour l’occasion. À elles
seules, elles condensent quelques-uns des fondamentaux de son travail
et notamment ce questionnement sur la forme et la couleur qui traverse
des œuvres qui chacune à sa manière active, provoque
et convoque l’espace dans lequel elle s’inscrit. Ses
ingrédients que l’artiste décline astucieusement
selon les lieux d’exposition sont une manière d’appréhender
son rapport à l’espace, à l’Autre et à un
monde dont elle observe toujours avec distance et légèreté l’absurdité et
la poésie cachée.
Après avoir découvert le Tir à l’arlequin,
une tradition belge datant du XIIIè siècle, Valérie
du Chéné propose ici un nouveau contexte d’existence à ce
jeu dirigé par le groupe des Arbalétriers de la Gilde
de St Georges qu’elle a rencontré lors de leur concours
annuel tenu en janvier à Bruxelles. Elle nous livre ainsi
une interprétation de ce rituel, dont le caractère
folklorique et festif est en partie évacué, par la
réification dans un nouveau langage formel et esthétique
du principal objet qui s’y rattache : la cible. Extraite de
son contexte originel, tout en conservant les couleurs de son abstraction
géométrique première, la cible d’abord
peinte sur une toile de deux mètres par deux et ensuite prise
en partie dans la résine devient un volume, fixé sur
un parallélépipède tronqué (Le tir à l’arlequin).
Le diamètre initial multiplié par quatre redonne une
nouvelle dimension aux teintes vives, une sorte de vibration semblable à celle
produite par la juxtaposition des couleurs primaires et complémentaires
d’un cercle chromatique. Le tir à l’arlequin
occupe ainsi une place centrale et entre en résonance avec
un ensemble de plusieurs peintures dont un mural au second plan :
After the target shooting.
L’interaction
qui s’opère entre ces deux pièces
se construit sur l’allusion d’un tir qui ici n’a
pas eu lieu mais dont l’évocation devient le sujet du
mural. Au-delà, c’est d’une inversion de formes
qu’il s’agit. En effet, si Le tir à l’arlequin
projette en 3 dimensions une cible habituellement réalisée
sur papier, After the target shooting est une retranscription picturale
effectuée sur une large surface plane d’après
une maquette en terre peinte. Ces passages d’un médium
et d’une dimension à l’autre participent ainsi à l’édification
d’un système perceptif énigmatique et illusionniste
dans lequel l’imaginaire et la construction mentale doivent
supplanter les limites premières de la vision. Ces décalages
entre les objets et leur représentation nous laissent penser
que le regard porté sur les choses ou les espaces que l’on
traverse physiquement ou mentalement n’est qu’un mirage
dans lequel sont précipitées quantités de formes
inconstantes et non-prédictibles à expérimenter.
Ce phénomène d’instabilité fondamentale
et sa dynamique désordonnée ne sont pas sans évoquer
la théorie du chaos élaborée par le corps scientifique
pour interpréter certaines choses du monde qui nous entoure
et nous échappe. Un chaos qui selon eux serait constitué par
ce que le scientifique américain Edward Norton Lorenz a nommé des
attracteurs, et que Valérie du Chéné évoque
d’ailleurs avec sa gouache Vers un attracteur étrange,
sorte d’espaces vers lesquels un système serait attiré et évoluerait
de façon irréversible en l'absence de perturbations.
On s’y prendra alors à deux fois avant de discuter du
caractère innocent des petits éléments colorés
qui semblent s’agiter avec allégresse sur le fond noir
des gouaches de la série des Alacrités, de même
que l’on regardera d’un autre œil les ondes fluctuantes
et hypnotiques de Post chaos en sachant désormais qu'une dynamique
aussi puissante que complexe peut apparaître dans un système
formellement simple.
Virginie Lauvergne
Valérie du Chéné est née en 1974 à Paris.
Après un BTS Plasticien de l’environnement architectural à l’ENSAAMA,
elle sort diplômée des Beaux-Arts de Paris en 2001.
Son travail actuellement exposé au Musée Régional
d’Art Contemporain de Sérignan (Architectures en ligne),
a également été montré au Centre Régional
d’Art Contemporain à Sète lors des expositions
collectives « Nos troubles » (2002), « Trait d’union » (2005)
et « L’entrée » (2008). En 2006, elle participe
aux « Nominations Prix Altadis » au MK2 Bibliothèque
de Paris et expose au KBB-Kultur Buro à Barcelone en 2007.
L’année suivante elle signe l’œuvre « Mirage »,
le 1% artistique du collège à Saint Nazaire d’Aude,
ainsi que son livre « Bureau des ex-voto laïques », édité par
la Villa Saint-Clair. Après avoir occupé en novembre
2008 la vitrine de la galerie Saint-Séverin avec son « Air
de repos », certaines de ses oeuvres ont été présentées
au Salon du dessin contemporain à Paris, en mars 2009 et 2010.
Début 2010, elle obtient une bourse de la DRAC LR et Région
LR pour partir à Tokyo mettre en place un projet intitulé « Divagation ».
Virginie Lauvergne est une jeune critique d’art née
est en 1981 à Annecy.
Après trois ans passés à l’École
d’Art d’Annecy, elle obtient en 2005 un DNSEP à l’École
d’Art de Montpellier, puis une Licence d’histoire de
l’art en 2006. En 2008 elle achève sa formation par
l’obtention d’un Master II de Conservation, Gestion et
Diffusion des Œuvres d’Arts XXè et XXIè siècle
et la rédaction d’un mémoire sur le livre d’artiste.
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