Dans la poursuite d’un cycle d’expositions
qui explore la diversité du dessin et la vitalité des
pratiques contemporaines, le Frac Picardie prolonge la réflexion
engagée sur la distinction entre le trait et la ligne. Au
commencement du dessin, la ligne tracée par Dibutade marque
le contour de la silhouette du bien aimé de sa fille afin
d’en fixer l’image durant son absence : « On commença
par cerner d'un trait le contour de l'ombre humaine », raconte
Pline l'Ancien. Prédominants dans l’exposition Lignes
et contours, les corps s’animent au creux de lignes tour à tour
vibratiles, fragiles, vives, intenses, sensibles ou tendues.
Contrairement au trait autoréférentiel, ligne et contour
servent un projet guidé par l’apparition d’une
figure, de la plus abstraite à l’illustration la plus
réaliste, de la plus ténue à la plus affirmée.
Si elle n’est pas assujettie à l’empire des formes,
la ligne se déploie dans le temps et avance vers l’infini.
Telle une écriture, la ligne chemine et inscrit la trace de
son passage ; dès qu’elle se laisse dissoudre dans le
contour, la forme se fixe. De fait, le contour réprime ce
que la ligne contient d’errance. Celui-ci épouse la
forme, délimite une surface et souvent ne ménage pas
d’issue.
La variété du dessin linéaire atteste de la
diversité des intentions et des sensibilités des artistes.
Sans procéder à une classification paralysante, des
regroupements s’esquissent. Là, le dessin au contour
précis où l’on trouve aussi bien la ligne virtuose
du copiste (Lallemand, Vergara, Alberola, Buraglio) que la ligne
oscillant entre figuration et abstraction (Mencoboni). Ici, le dessin
fluide et instable dilue ses contours en entrainant la ligne de corps
dans la mouvance (Dumas, Muñoz, Orozco). Si la ligne échappe
aux pures apparences et s’attèle à révéler
une vérité plus profonde, elle devient intuitive (Penone,
Jamie, Tucholski), exaltée (Claramunt, Dubuffet, Basquiat)
ou bien encore brisée et erratique (Baselitz, Matta, Masson).
L’exposition Lignes et contours tend à établir
par ses tours et détours que la puissance de la ligne réside
dans ce qu’elle comporte à la fois de vie vagabonde
et d’inéluctable destinée. La ligne est autant
directrice que lignée, génératrice d’unité que
vecteur de partition. Tantôt elle caresse la surface, tantôt
elle portraiture l’intériorité.
Jean-Michel Alberola, Georg Baselitz, Jean-Michel
Basquiat Pierre Buraglio, Luis Claramunt, Jean Dubuffet Marlene
Dumas, Cameron Jamie,
Stéphane Lallemand André Masson, Roberto Matta, Didier
Mencoboni Oscar Muñoz, Gabriel Orozco, Giuseppe Penone Barbara
Camilla Tucholski, Angel Vergara Santiago œuvres du Frac Picardie. |