Du 19 mars au 30 mai 2010, le Frac
des Pays de la Loire invite, pour sa première exposition personnelle dans
une institution française, l’artiste Spencer Finch à investir
la salle Jean-François Taddei.
Spencer Finch est né en 1962 à New Haven dans le Connecticut.
Il entreprend des études en littérature comparée
au Hamilton College Clinton, avant de rejoindre la Rhode Island School
of Design, où il concentre son intérêt sur le
design et la sculpture. De retour à New York en 1990, il commence
ses premières expériences sur la lumière et
la vision.
Depuis le milieu des années 90, Spencer Finch a exposé dans
de nombreuses grandes institutions aux Etats-Unis et en Europe. En
2009, il a participé à l’exposition « Making
World » de Daniel Birnbaum pour la 53ème Biennale de
Venise. Son travail a également fait l’objet d’une
exposition importante au MASS MoCA (Massachusetts Museum of Contemporary
Art) en 2007.
Souvent comparé, à juste titre, par les critiques à un « magicien
des temps modernes » ou à un alchimiste, Spencer Finch
sonde les mécanismes et les mystères de la perception.
Variant de médiums au gré des pièces, il s’attache à traduire
l’impression laissée par des phénomènes
naturels : le voile d’un brouillard annulant progressivement
les cimes d’une forêt, la qualité d’un vent,
une intensité lumineuse. Ce dont Finch tente de conserver
le souvenir, ce n’est pas une situation dans son ensemble,
mais une expérience sensorielle qui, à elle seule,
en exprimerait l’aura. Son entreprise oscille en permanence
entre un versant rationnel et poétique. La place octroyée à sa
mémoire – à sa propre subjectivité – et
l’idée même de capturer des sensations mettent à mal
son désir farouche de précision et résistent
aussi bien à la panoplie d’instruments scientifiques
dont il s’entoure qu’à la structure profondément
conceptuelle de son travail. Les Water Drawings (dessins « d’eau »),
réalisés à différents endroits de la
planète, enregistrent les infimes variations de couleurs d’une étendue
ou d’un cours d’eau. L’artiste consigne d’abord
les différentes teintes qu’il observe puis les reproduit
une fois à son atelier sous la forme d’ondulations entrelacées.
Le soleil tient une place centrale dans l’œuvre de Spencer
Finch. Comme beaucoup de peintres et de scientifiques avant lui – Monet,
Turner ou encore Newton – il est fasciné par la lumière
et par les couleurs qu’elle révèle. Ses pièces
convoquent l’histoire en revenant sur les traces de personnages
célèbres, maîtres à penser pareillement
traversés par les expressions évanescentes de la nature
et par la volonté d’en saisir l’essence. « Une
grande partie de mon travail consiste à voir ce que d’autres
personnes ont vu à un endroit et à un instant différent »1.
Les poètes, philosophes et naturalistes qui habitent son panthéon
sont à l’image de son art, entretenant un balancement
perpétuel entre logique et poétique.
L’artiste américain s’aventure également
sur des sites de référence : le Grand Canyon, Ok Coral,
ou encore Giverny. En représentant ces paysages pittoresques
chargés, chacun à leur façon, d’une valeur
mythique, il met en travail l’écart entre la perception
individuelle et l’imagination populaire. Pour Sunset (Sunset
in My Motel Room, Monument Valley, January 26, 2007, 5:36-6:06 pm),
Finch a relevé l’intensité du soleil couchant
sur le mur de sa chambre d’hôtel. Cherchant à recréer
cette atmosphère, la pièce combine une série
de captures du film de John Ford, The searcher (1956), présentée
sur moniteurs, face à un mur. Les extraits, unifiés
par la réverbération, diffusent dans l’obscurité de
l’espace d’exposition une lumière éthérée
aux couleurs changeantes.
Même lorsqu’elle se réfère à de
tels clichés, l’œuvre de Spencer Finch pointe avec
force l’extrême capacité de notre corps et de
nos yeux à saisir le merveilleux du monde qui nous entoure.
1 Traduit de “Profile : Spencer Finch”,
interview par Gillian Serisier, Artist Profile, August 2009
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