« Ma
pratique envisage l’art comme
une forme d’anthropologie personnelle dans laquelle le
rapport entre le général et le particulier – et à travers
lui la question du rapport au temps – est centrale. » Camille
Henrot.À
la manière d’une géologue ou d’une archéologue,
Camille Henrot décortique
la culture - sa matière première - par strates et par
couches successives. Loin
de vouloir rationaliser les choses, Camille Henrot, complexifie notre
rapport
au monde en travaillant par prolongement, superposition et recyclage
comme
pour conjurer l’angoisse de l’effacement. Ainsi la série
Room Movies mais aussi
Courage mon amour dévoilent un désir de résistance
par rapport au temps,
tandis que King Kong Addition survit au brouillage visuel et à sa
disparition
annoncée. Son film le plus récent, réalisé autour
de la personnalité de Yona
Friedman, Film Spatial, cherche quant à lui à nier l’espace
et ses temporalités.
Pour sa première exposition personnelle à la galerie
Kamel Mennour, Camille
Henrot, présente un ensemble d’oeuvres inédites
mêlant dessins, film et
sculptures. Situé dans les profondeurs de la galerie, le Tevau
- objet rituel de
Nouvelle Calédonie - est ici revisité à travers
un autre talisman contemporain:
la lance à incendie. Si la forme de cet objet enroulé évoque
l’échange et la
réciprocité, la torsion entre les deux bobines indique
que les deux volumes
sont bien de même valeur. Avec cette lance à incendie
métamorphosée en
Tevau, l’artiste nous rappelle le caractère rituel de
certains objets modernes
ainsi que la résurgence du primitif dans nos cultures occidentales.
Au rez-de-chaussée, l’installation Hauts Reliefs et la
projection Cynopolis nous
transportent en Egypte sur le site de la première Pyramide à Sakkarah.
Composée de 13 sculptures en plâtre et en grès,
Hauts Reliefs initie un
dialogue original entre sculpture et sac plastique, Histoire et anecdote,
pérennité et quotidien, tandis que le film Cynopolis,
projette les images de ce
site historique en activité. Concentrée sur un groupe
de chiens errants, la
caméra de Cynopolis filme alternativement ouvriers, touristes
et animaux. Le
chien, considéré dans la mythologie égyptienne
comme le passeur du monde
des vivants vers celui des morts, incarne ici le retour à l’état
sauvage de ce
que l’homme a voulu domestiquer, la nostalgie d’un état
antérieur, à l’image de
ce paysage en décomposition où la pyramide redevient
montagne.
Ainsi entre volonté de mémoire et d’oubli, réel
et imaginaire, matière et
abstraction, cette exposition pose les fondements d’une problématique
récurrente dans le travail de Camille Henrot á savoir
celle de l’élasticité des
produits culturels ou encore la tendance inhérente à toute
chose à retourner
naturellement à l’informe.
Née en 1978 à Paris, Camille Henrot a été révélée
par l’exposition «J’en rêve»à
la Fondation Cartier en 2005. Elle développe depuis lors une
carrière
nationale et internationale. Son travail a été présenté,
entre autre, à l’Atelier
du Jeu de Paume et au Palais de Tokyo à Paris, ainsi qu’au
Hara Museum à Tokyo.
Elle a récemment participé à la dixième édition
du prix Paul Ricard à la
Fondation d’Entreprise Ricard, La Consistance du visible, sur
une invitation de
Nicolas Bourriaud.
|