Le traitement plastique du paysage
industriel dans les photographies de Martine Mougin injecte dans
l’image
une esthétique à double niveau. En 1969, Bernd et Hilla
Becher disaient, à propos de la typologie des bâtiments
industriels : « Leur esthétique se caractérise
en ceci qu’ils ont été créés sans
intention esthétique. ».
Martine Mougin, elle, prend le parti de la « beauté non
intentionnelle », d’une beauté involontaire de
ces paysages ingrats a priori. Ce faisant elle propose une vision
différente du paysage, révélant cette beauté plastique
qu’elle perçoit, imposant un œil esthétique
là où d’autres –les gens du port, vous,
moi - n’y verrions peut-être que zone utilitaire, ou
ravage d’un paysage qui fut un jour naturel.
Dans un second temps, elle souligne et renforce cette
dimension plastique par un travail pictural d’aplats de couleurs vives.
Les couleurs, en transparence, ne saturent pas l’image mais,
comme des filtres, la transforment symboliquement sans l’occulter.
Les couleurs, celles du port, celles dont elles rehaussent
ses photographies, rendent l’image d’autant plus inhabituelle que les vision
de paysages industriels que nous avons à l’esprit se
bornent souvent à un camaïeu de gris et de noir, de fumées
grasses et de pollutions. Pourtant, fait remarquer l’artiste,
les ports regorgent de couleurs, signalétiques rouges, bleus
des containers, etc.
Extrait du texte de Marie DEPARIS-YAFIL |