D’une famille originaire d’un petit
village situé en Champagne, près de Reims, Christian
Lapie a tout d’abord développée une démarche
picturale se nourrissant de la mémoire d’une terre chargée
d’une histoire douloureuse. Avec le temps, l’artiste
est passé de la surface au volume pour dresser d’imposantes
figures dont la force symbolique le dispute à leur valeur
universelle. Au-delà du microcosme champenois, son travail
a gagné l’étendue d’une géographie
qui ne compte plus de frontières, ni géographiques,
ni culturelles. Puissantes et silencieuses, les figures de Christian
Lapie sont extraites d’imposants troncs d’arbres qu’il
choisit pour la rectitude de leur fût, puis (fendus manuellement)
et taillées à la tronçonneuse en forme humaine,
enfin recouvertes d’une gangue sombre qui les charge d’intemporalité.
Installées par groupe ou isolées en fonction des situations
où il est invité à intervenir, l’artiste
les dresse à la verticale et, tout soudain, l’espace les
accapare. Tout à la fois hiératiques, spectrales et mémorables,
les sculptures de Christian Lapie opèrent comme des sémaphores
qui mettent en exergue l’esprit des lieux qu’elles occupent.
C’est qu’au fil de l’œuvre, l’artiste
a pris toute la mesure du jeu dialectique existant entre le local et
le global ou comment une œuvre ou une simple réunion d’œuvres
peut condenser en elles toutes les cultures du monde. Tout comme opèrent
les petits tirages en bronze qu’il en a déduit, voire
toute cette production de dessins qui accompagne ses sculptures, non
dans une manière mimétique mais dans un écho de
leur présence.
Conçues ou choisies tout spécialement pour la Maison
des Arts de Malakoff, les œuvres qui y sont présentées
déclinent ces différentes propositions formelles. La
façon qu’elles ont d’y faire signe en dit long sur
la justesse de leur relation à l’espace et contribuent
tant à le révéler qu’à l’inscrire
mémorablement.
|