« Je suis moi-même une espèce
de collectif du fait que mon nom est déjà pluriel »,
disait Raymond Hains. Les cinq artistes qui exposent avec lui ont
accepté de former ce collectif. Dynamique, polymorphe et en
mouvement, l’œuvre de Raymond Hains appelle tout particulièrement
ces réponses de jeunes artistes. En 2008, une première
exposition produite par le FRAC des Pays de la Loire intitulée "Comme
le verre à travers le soleil. Autour de Raymond Hains", était
présentée au Domaine de la Garenne-Lemot à Clisson.
Dans ce second volet, elle acquiert une dimension davantage liée à la
ville. C’est la dimension d’objet qui s’impose
: l’objet de chantier enregistré par le photographe
ou l’objet réel, agrandi, déplacé et transfiguré par
rapport à sa fonction initiale. Car chez Hains, les choses
adviennent et se transforment par la photographie. Avec ses "Palissades",
Raymond Hains instaure le prélèvement de simples objets
de l’espace urbain comme acte fondateur. L’image en deux
dimensions recherchée dans les affiches lacérées
est délaissée, au profit du support. Revenant sur ce
changement de focale, de point de vue dans l’œuvre de
Raymond Hains, l’exposition "Sculpteurs de trottoir" associe
trois séries d’œuvres : les photographies de chantier – vue
d’un parpaing, d’un niveau à bulle, d’une
grue – intitulées "Sculptures de trottoir" réalisées
entre 1998 et 2005, les "Palissades" et les objets en trois
dimensions. Dans les trois cas, l’œuvre est envisagée
comme fabrique, construction en devenir (et impossible à finir).
Toute la poétique de Hains y est présente. À travers
ces trois séries, le « sculpteur de trottoir » n’apparaît
pas seulement comme celui qui "vole" directement un objet
de l’espace urbain, le transforme ou le reproduit dans des
dimensions gigantesques. C’est aussi le flâneur qui,
muni de son appareil photo, prélève des images, inventant
des histoires, des séquences visuelles, sur un mode poétique.
Avec Morgane Tschiember, Philippe Richard et Olivier Soulerin, le
travail de Raymond Hains se lit dans le lien très fort qu’il
entretient avec les formes, les couleurs, les matériaux. Articulant
une pensée de la couleur et du support qui acquiert une dimension
picturale, palissades et photographies sont ici envisagées
dans leur matérialité et leur aspect mural : elles
déterminent des espaces et des champs de vision tout en obturant,
en bouchant la vue. De leur côté, Cécile Paris
et Franck Scurti développent des réponses photographiques,
filmiques et sculpturales, qui sont autant de visions et d’histoires
urbaines.
Marion Daniel (1978) travaille sur les relations
entre l’image
et le texte et sur les écrits d’artistes. Critique d’art
et commissaire d’expositions, docteur en littérature
française, c’est la deuxième exposition qu’elle
organise autour de Raymond Hains (Villa de la Garenne-Lemot, 2008).
A publié "Raymond Hains, La boîte à fiches", éditions
Analogues / FRAC Bretagne, 2006 ; "Jean-Pierre Pincemin, le
tout petit motif", École d’arts de Châtellerault,
2007. Écrit régulièrement pour le magazine sur
Internet Poptronics.
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