La
galerie Praz-Delavallade est heureuse d’annoncer la seconde
exposition personnelle qu’elle consacre à Mai-Thu
Perret. Dans The Crack-Up, l’artiste présente un ensemble
de nouvelles oeuvres dans les deux espaces de la galerie.
Dans son travail, Mai-Thu Perret traite du modernisme et des différentes
formes d’incarnation d’utopies. A travers la production
d’objets manufacturés qu’elle place souvent au sein
d’un scénario fictif élaboré, elle investit
le statut de l’oeuvre d’art et son contexte de production.
Depuis 1999, Mai-Thu Perret écrit «The Crystal Frontier»,
l’histoire d’un groupe de femmes déçu par
une société capitaliste et patri?arcale qui aurait
fui dans le désert du Nouveau-Mexique pour fonder une communauté autonome.
Appelée “New Ponderosa”, cette communauté tente
de réinventer les relations au travail et à la nature.
C’est sous la forme de fragments de journaux, de lettres ou
de rapports d’activités écrits par ces femmes
que l’histoire nous est transmise.
En plus de ce récit, Mai-Thu Perret crée des objets
qu’elle présente comme “la production hypothétique” de
cette communauté. Se référant à la phrase
de Sol Lewitt “l’idée est la machine qui fait
l’art”, Mai-Thu Perret a recours à la fiction
comme à un mécanisme générateur, «une
façon de créer une machine à faire de l’art».
A travers cette stratégie, elle tente de se libérer
de la subjectivité de l’auteur et questionne sa position
dans la production d’oeuvres d’art.
Les oeuvres de Mai-Thu Perret, utilisant une grande
variété de
médias (céramique, textile, peinture, sculpture ou
film), ont toutes en commun une esthétique artisanale et utilisent
le vocabulaire formel du modernisme. Les références
au constructivisme russe, au mouvement Art & Craft, au minimalisme,
ou à d’autres mouvements d’art moderne se retrouvent
souvent dans son travail. En imbriquant les mouvements historiques à sa
propre fiction, Mai-Thu Perret questionne les utopies et la façon
dont elles peuvent être un contexte de production pour des
objets et en particulier des oeuvres d’art. Jouissent-ils d’une
valeur additionnelle, d’une aura supplémentaire dès
lors qu’ils sont issus d’un contexte utopique?
A travers la production d’objets à la fois décoratifs
et utilitaires, elle s’intéresse au statut de l’oeuvre
d’art.
Son exposition à la galerie Praz-Delavallade, présente
une série de tapis tachés de peinture qui évoquent
le test de Rorschach et semblent convoquer les projections du spectateur.
Ils sont aussi l’expression de la créativité libre
et amusante des jeux d’enfants que les femmes de New Ponderosa
recherchent dans le retour à la nature et à l’artisanat
et qu’elles considéraient comme réprimée
par la société patriarcale.
Deux grandes sculptures rectilignes rappelant les célèbres
L-Beams de Robert Morris sont également présentées.
Cette oeuvre emblématique mettait en avant l’idée
que l’expérience de l’oeuvre implique à la
fois la sculpture, l’espace d’exposition et la position
du spectateur.
Dans
sa version de ces oeuvres minimalistes, Mai-Thu Perret utilise
une section à losange ainsi qu’un tissu géométrique
aux motis de damier qui insufflent une esthétique artisanale
et domestique à ces formes austères et modernistes.
Les 3 sphères en béton coulé sont elles aussi
des formes minimalistes, bien qu’elles évoquent une
fonction utilitaire puisqu’elles ont été inspirées
par les balles d’exercice utilisées en gymnastique.
En plus de ces oeuvres, deux sérigraphies de textes issus
de «The Crystal Frontier» seront présentées.
L’un d’eux évoquant la répétition
et la fatigue.
Dans cette exposition il y a beaucoup de références
au mouvement du corps, à une forme de danse ou de rituel,
mais celui-ci demeure absent. Les tapis sont comme les traces d’une
performance que l’on ne voit pas, les sculptures évoquent
des accessoires de scène abandonnés et les sphères
des balles d’exercice. Toute ces oeuvres sont comme les vestiges
d’un événement passé.
Le titre de l’exposition “The Crack-Up” se réfère
au livre de F. Scott Fitzgerald du même titre qui regroupe
des fragments apparemment inachevés et désordonnés,
des notes ou des lettres, ainsi que l’essai éponyme
de 1935 dans lequel Fitzgerald décrit son état de désespoir économique
et spirituel. Pour l’artiste, the Crack-Up se réfère également à la
faille qui existe entre l’oeuvre d’art et son interprétation
ou entre un objet et le récit dont il est prétendument
issu.
Mai-Thu Perret née en 1976 à Genève, vit et
travaille aujourd’hui à Genève et New York. Ellé a étudiée à Cambridge
et au Whitney Independent Study Program à New York (2004).
En pIus de nombreuses expositions de groupes, Mai-Thu Perret a présenté son
travail dans des expositions personelles comme “New Works” au
San Francisco Museum of Modern Art et “An Evening of the Book
and Other Stories” à la Kitchen de New York en 2008, “The
Crystal Frontier” à la Kunsthalle de Sankt Gallen et
au Maastricht’s Bonnefanten Museum en 2007, en 2006 “The
Crystal frontier” à la Renaissance Society à Chicago
et en 2005 au Centre d’art contemporain de Genève. En
2007 elle a participé à la Biennale de Lyon et à “Eurocentric” à la
Rubell Family Collection à Miami. En 2008 une monographie
sur son travail a été publiée par JRP Ringier
et plus récement son travail a fait l’objet d’une
importante publication dans le dernier numéro de Parkett.
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