Les origines
Jeune, Joseph Choï était solitaire et manquait de repères
familiaux. Enfant modèle à la maison et voyou en dehors,
il n’a pu construire son identité. A 23 ans, il décide
de quitter son foyer, ses amis et la Corée pour Paris. Les seuls
liens qui l’unissent à la culture de son pays natal sont
les textes de la littérature ancienne et la langue qu’il
pratique avec ses compatriotes expatriés. Il entame alors un
voyage intérieur à la recherche d’une identité neuve.
La renaissance
A Paris, il passe trois années à réaliser de
nombreux autoportraits et portraits. Il travaille aussi d’après
modèles vivants ou reproduit des images de magazines. Son
trait prend de l’assurance. Ces portraits sont autant de miroirs
dans lesquels il cherche à se voir lui-même. Il dessine
sa propre histoire. Pour éviter cet univers trop narcissique,
il cherche un nouveau médium. Il est attiré par la
photo pour sa spontanéité. Elle lui propose une vision
sans fard du sujet, lui permet une réelle introspection ;
les Indiens d’Amérique refusaient d’ailleurs de
se faire photographier craignant qu’on ne leur vole leur âme.
La peinture ensuite parce qu’elle offre une image irréelle,
une autre version de la personnalité.
Son travail s’oriente alors vers l’étude de personnages
anonymes photographiés à l’arrière plan
d’évènements historiques. La réalité instantanée
qui s’en dégage est étonnante. Ce sont des témoignages
courts qui participent à l’imaginaire collectif. Joseph
CHOI reprend ces personnages sur la toile et tente ainsi de se reconstruire
un album de famille. Il s’approprie toutes ces histoires. Peu à peu,
il se forge une identité bâtie sur des éléments
forts de notre culture occidentale et des bribes de sa culture originelle.
Il est lui aussi un anonyme, peut-être là par hasard.
La démarche technique
Les personnages sont gelés sous des couches successives de
résine, leur intimité est masquée derrière
de la dentelle. Ce textile fascine Joseph CHOI, voilant et dévoilant
ces anonymes. L’ombre portée par la dentelle habille
les témoins de ces évènements souvent tragiques.
La technique de l’artiste est complexe, elle se déroule
en plusieurs étapes, les couches interagissent intimement
entre elles.
La série « Background » qui sera présentée à la
galerie du 5 au 31 mars est née des films amateurs tournés
le 22 novembre 1963 vers 12h30 lors de l’assassinat de J.F.Kennedy.
Propos d’artiste
Autrefois ma mère construisait un album avec les images découpées
dans les magazines d’évènements qui avaient jalonné son époque
: de la guerre du Vietnam à l’assassinat de Matin Luther
King ou celui de J. F. Kennedy, c’était pour elle une
manière de se fabriquer une mémoire.
Mes personnages sont tous des témoins anonymes, présents
par hasard sur le lieu d’événements qui ont fait
l’histoire du XXème siècle. Ces témoignages
nés en même temps que les médias filmés
personnifient l’évènement. Toutes ces images
participent à une culture collective. Certaines de ces images
sont fabuleuses, elles nous frappent par leur force brute et leur
simplicité, elles nous rappellent à notre propre existence.
Je perpétue la tradition maternelle et fabrique mon identité à partir
de la mémoire collective.
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