L’idée de départ est venue
de mon travail précédent sur le principe
de la chambre noire.
Si la photographie est une méthode de reproduction, en utilisant
une chambre noire pour exposer le papier photosensible à l’action
de la lumière, on peut tout de même réaliser des
oeuvres d’art
uniques, complètement originales.
De même que la diapositive, le cibachrome donne directement
une image en couleur positive.
En revanche, un papier photographique noir et blanc exposé à la
lumière produit une image négative.
Avec le papier photographique pour le noir et blanc, le seul moyen
d’obtenir directement une image positive consiste à inverser
le
réel pour le mettre en négatif, si l’on peut dire.
C’est pourquoi j’ai repeint une portion du réel
de manière à ce
qu’elle apparaisse en positif dans l’image en noir et blanc.
La
portion du réel que j’ai choisie pour l’occasion
est un angle de
mon atelier. Je cherchais à imiter les effets du noir et blanc.
Autrement dit, les tonalités avaient beaucoup d’importance,
mais
je pouvais employer un large éventail de teintes pour arriver
au
résultat voulu.
Deux couleurs vivement contrastées peuvent très bien
se traduire
par des tons de gris parfaitement identiques sur une photographie
en noir et blanc.
De ce fait, l’image en couleur ne semble obéir à aucune
logique,
alors que son négatif en noir et blanc produit le même
effet qu’un
tirage positif traditionnel.
Après avoir fini de repeindre le sujet à photographier,
j’ai commencé
une série de prises de vues.
J’ai pris deux vues à la chambre noire, pour obtenir directement
l’image définitive en noir et blanc sur du papier photographique
normal et en couleur sur du cibachrome.
J’ai pris également deux autres vues à la chambre
photographique
de format 45 x 50 cm, l’une en diapositive couleur, l’autre
en négatif noir et blanc.
Ces deux photographies forment un quasi-diptyque, de même
que les deux images réalisées avec la chambre noire :
indissociables
par la pensée, elles se complètent logiquement. Une image
interprète l’autre.
Du pigment à la lumière (vidéo)
Les prises de vues réalisées selon une formule très
simple explorent
essentiellement la relation entre négatif, positif et couleur.
La caméra vidéo fixe se substitue en fait à l’appareil
photo. Au début,
elle filme en gros plan la structure segmentée du radiateur,
puis
elle effectue lentement un zoom arrière qui élargit le
champ. Peu à peu, tout l’angle de l’atelier
devient visible, y compris la
fenêtre, le reflet sur le mur, le radiateur en fonte dont la
forme
segmentée projette un croisillon d’ombres rythmées
sur le sol
en béton et sur la porte sans encadrement, caractéristiques
des
bâtiments industriels.
Le vide et la mélancolie du silence imprègnent l’ambiance
du
film.
Cependant, la caméra continue son zoom arrière et recule
pour élargir encore plus le champ, révélant
la présence
des projecteurs
et des réflecteurs. D’où un moment de trouble,
car tous ces détails
apparaissent en négatif.
La succession d’images jusque-là évidente devient
soudain totalement
incompréhensible quand on voit à l’arrière-plan
l’angle
d’atelier en négatif qui est le sujet de ce film.
La caméra cesse de zoomer, puis on passe lentement à la
couleur
par un fondu enchaîné. Nouveau moment de trouble. Tous
les
détails qui apparaissaient en négatif à l’image
s’inversent. L’angle
de l’atelier, qui avait l’air normal, disparaît sous
une explosion
de couleurs sans aucun rapport avec la configuration véritable
de l’espace. La caméra zoome lentement sur l’angle
de la pièce
et s’arrête lorsque la portion de réel repeinte
occupe le champ
tout entier.
Un accompagnement musical et un bref commentaire audio
complètent le film.
Le langage quotidien emploie de nombreuses expressions empruntées
au domaine de la photographie : l’idée du noir et blanc
opposé à
la couleur, par exemple, ou le rapport positif-négatif et toutes
les métaphores qui s’y rattachent.
Je voudrais replacer ces notions dans leur contexte d’origine
:
la photographie.
Gábor Osz (Traduit de l’anglais par Jeanne Bouniort)
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