Edith Dekyndt
The Transparent Ceiling
La
galerie Les filles du calvaire est heureuse de présenter
la nouvelle exposition personnelle de l’artiste belge Edith
Dekyndt. Du 27 février au 26 avril, le Witte de With, Centre
d’art contemporain de Rotterdam lui consacrera également
une exposition personnelle : AGNOSIA.
La saveur d'une pomme réside dans le contact du fruit avec
le palais, pas dans le fruit proprement dit. De même, la poésie
réside dans la rencontre entre le poème et le lecteur,
pas dans les symboles imprimés sur les pages d'un livre. L'essentiel
c'est l'acte esthétique, le frisson, l'émotion presque
physique qu'engendre chaque lecture.*
L'architecte autrichien du début du 20ème siècle,
Adolf Loos, n'aurait pas permis de décrire ses constructions
au moyen de photographies ou de plans. Loos estimait qu'il était
impossible de saisir tous les aspects qualitatifs des environnements
qu'il concevait. Selon lui "le signe d'une œuvre architecturale
véritablement ressentie est qu'elle manque d'effet sur plan." Il
regrettait que l'on ne puisse sentir la poussière du sofa
dans la photographie d'un sofa. Dans son travail, Edith Dekyndt essaie
de nous faire prendre conscience avec intensité des phénomènes
que Loos jugeait impossibles à représenter.
L'œuvre de l'artiste traite mieux que toute autre de l'acte
esthétique. Sa recherche autour des phénomènes
est la quête d'une vérité qui existe dans l'invisible
ou le presque visible. En ce sens, elle approche l'infini, l'absolu
et l'inaccessible. [froid, poussière, humidité, électricité statique].
L'invisible ou le presque visible possède une beauté profonde
et changeante qui cherche à soutenir et rendre le spectateur
conscient.
Chez Deleuze, tout comme dans la tradition phénoménologique,
on constate que la lecture ou la description d'une réalité est
une chose qui doit être construite, dessinée, comme
un procédé à partir du sujet, comme un travail à effectuer, à esquisser...
Si la recherche d'Edith visant à appréhender les phénomènes
souvent ignorés se révèle rigoureuse sur le
plan conceptuel et théorique, ses stratégies possèdent
la fraîcheur et l'optimisme du "projet d'un étudiant
pour une foire scientifique". Il se pourrait bien que nombre
d'entre nous n'aient plus réfléchi depuis leur enfance
aux événements qui les intéressaient tant. Le
travail d'Edith, et c'est un travail au sens pur du terme parce qu'elle
est tellement sérieuse et déterminée, est exploré d'une
manière fort semblable à une étude scientifique.
Néanmoins, le travail est clairement subjectif, sa description
construite de la réalité. Encore une fois, ses buts
sont poétiques plutôt qu'objectifs.
Edith est extrêmement intéressée par le spectateur
individuel et son engagement envers son travail. Par conséquent,
ses investigations poussées autour de la perception peuvent
ne pas engager l'observateur occasionnel. Edith est apparemment à la
recherche des significations fondamentales universelles. Le travail
contourne le sentimental ou le romantique et témoigne d'une
préoccupation pour l'emplacement, la naissance du spectateur
et la vision phénoménologique. Cette vision se soucie
de la manière dont un travail d'artiste peut être construit
pour influencer ou atteindre le sujet individuel ou "perceveur".
Le chemin passe souvent par des "fenêtres" collectives
qui s'ouvrent sur le côté individuel du sujet. Dans
ce contexte, il est important d'identifier ces "fenêtres".
La mémoire, l'appréhension psychique, l'expérience
synesthésique et les sensations élémentaires
sont utilisées dans ce contexte.
Edith vise à souligner la perception viscérale de l'art
et ne se concentre pas uniquement sur les sensations visuelles, olfactives,
tactiles et orales.
Par-dessus tout, la compréhension de son travail nécessite
une dimension spirituelle ou métaphysique.
L'œuvre est exprimée par des gestes éphémères
et des matériaux instables.
Elle s'intéresse essentiellement à la présence
des matériaux qui nous entourent, plutôt qu'à leur
représentation. Le travail atteint une qualité transformationnelle
en permettant une expérience profonde des matériaux
instables ou ordinaires.
Edith semble être à la recherche du "Degré zéro
de la signification esthétique." Ses projets sont intentionnellement
réducteurs au point que toute réduction supplémentaire
provoquerait leur effondrement. Son travail est principalement basé sur
l'abstraction [eau gelée] et l'ouverture du point de signification
par des gestes légèrement éphémères
que le sujet est incapable d'éliminer. C'est cette descente
dans les fondements de l'expérience individuelle que le philosophe
Eugenio Trias appelle "La logique de la limite."
Le théoricien de l'architecture, Ignasi de Sola Morales, décrit
cela comme "le chemin le plus fragile mais le plus sûr
ramenant à l'expérience esthétique profonde."
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