Pour sa seconde exposition personnelle à la
galerie Art: Concept à Paris, Andrew Lewis nous livre une
version subjective d’explorations devenues mythiques dans l’histoire
de l’Occident.
Une série de neuf peintures superpose l’imaginaire
des pionniers avec celui de la conquête spatiale américaine.
Andrew Lewis compresse le temps et l’espace, mais ne focalise
pas sur les clichés patriotiques ou sur la grandiloquence
historique généralement portés par ces aventures
humaines et technologiques. Il crée des paysages et des scènes étranges
où apparaissent des éléments hybrides, tels
des moyens de transports qui combinent les modules lunaires avec
des carrioles typiques de la conquête de l’Ouest.
Ainsi, l’artiste révèle la poésie de
ces évolutions sociales et technologiques qu’il considère
comme des progrès. Cependant, cet univers proche de la science-fiction
traduit l’ambivalence de la notion de progrès. La fiction
engendrée par le parallèle entre ces deux périodes
historiques indique l’inévitable répétition
d’un cycle dont les différentes étapes sont l’invention,
l’émerveillement et l’ennui. Selon l’artiste,
cette logique s’applique, au-delà des découvertes
technologiques, à nos propres vies.
Le principe est récurrent : lorsqu’une nouveauté arrive,
nous l’adoptons avec enthousiasme et émerveillement,
puis nous nous y habituons et fi nalement la trouvons banale, puis
ennuyante. L’exposition "Pioneers’ Association" traite
donc également du banal, mais pas uniquement en tant que contrepoint
du changement ou de l’invention. Lewis perpétue un art
qui, depuis la peinture fl amande du XVIIe siècle jusqu’à Warhol,
consiste à célébrer les répétitions
de notre quotidien et la banalité de nos vies.
Par rapport aux oeuvres rassemblées lors de l’exposition “Couronne
Impériale” en 2005, Lewis poursuit une narration dont
le thème récurrent est le déplacement lié à la
recherche d’un ailleurs ou d’un paradis perdu. Les structures
mobiles (carrioles ou modules lunaires), qui accompagnent la réalisation
de ces utopies, sont autant de moyens de transport que de symboles
du corps.
L’intérêt esthétique d’Andrew Lewis
pour le corps est un des liens entre la série de neuf peintures
et celle présentée dans la seconde salle. Certaines
de ces dix autres huiles sur bois font écho à des scènes
de genres de la fin du XVIIIe siècle. D’autres évoquent
le romantisme et l’Orientalisme des études de figures
du XIXe siècle. Ainsi, l’artiste multiplie les points
de vue et aborde le thème de l’exploration au sens métaphorique
du terme.
Venus and Apollo représente deux enfants qui observent attentivement
une statue décorative. Cependant, le titre confirme la première
impression laissée par cette petite sculpture. Il ne s’agit
pas du type d’oeuvre décorative qui figure habituellement
dans de telles scènes d’intérieur. En effet,
la statue est une représentation à échelle réduite
de la capsule lunaire Apollo.
À l’arrière-plan, une Vénus grecque antique
fait pendant à la statue en bronze d’Apollo. Lewis considère
qu’Apollo, module lunaire devenu icône populaire, est
autant digne d’intérêt que la Vénus antique.
Tout comme la capsule lunaire est une métaphore du corps et
du désir d’ailleurs, le mythe grec d’Apollon et
Vénus est, entre autres, une allégorie où le
corps métamorphosé symbolise l’impossible accomplissement
du désir.
Le corps, ses déplacements réels ou imaginaires et
leurs représentations (image, sculpture ou objets technologiques)
sont au coeur des narrations picturales d’Andrew Lewis. Ses
deux nouvelles séries de peintures balayent différentes
formes d’explorations : depuis l’idée de déplacement
géographique jusqu’au voyage invisible que chacun réalise
intérieurement au cours d’une vie.
Dans Tenant une lanterne dans la main, une adolescente
allongée,
vue de dos, regarde une flamme qui émerge de l’obscurité.
Elle incarne un état de conscience transitoire: un instant
de tranquillité lié au désir d’être
ailleurs.
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