Le décor et le jardin ont un point commun
: le jardin est une vision, un agencement artificiel de la nature
; le décor tend à rendre beau ce qui ne le serait pas
par nature. Le premier comporte une notion esthétique même
lorsqu’il est utilitaire (jardin botanique, potager, verger,
etc.), la raison d’être du second est au départ
fondamentalement esthétique. Tout deux définissent
un espace figuratif ou suggestif à l’intérieur
duquel évoluent des acteurs, des promeneurs, des jardiniers.
Des compositions architecturales de l’Antiquité romaine
aux jardins clos médiévaux, de la rigueur du jardin « à la
française » au jardin paysager anglais, des promenades
publiques à l’urbanisme contemporain, le jardin connaît
des transformations au fil des différentes époques,
cultures et sociétés qui l’imaginent. C’est
aussi le lieu mythique de scènes bibliques (Jardin d’Eden,
Jardin des Oliviers), de mythes et de récits littéraires.
Il concentre la vision du monde, son organisation et reflète
les préoccupations des différents temps de l’Histoire.
Longtemps rapporté à l’ornemental, le décor,
composition de motifs ou d’éléments ajoutés à un
objet ou un espace, connaît des transformations dans le domaine
du théâtre à la fin du XIXe siècle et
au XXe siècle. Les peintures en trompe-l’œil, qui
tendaient à donner l’illusion du monde, ont été remplacées
par des volumes et des matières, essayant de recréer
un monde fictif.
Après les jardins ouvriers allemands intitulés « Les
petits Jardins du Bonheur », Barbara Camilla Tucholski, à l’invitation
du Frac Picardie en septembre 1998, croque de son trait rapide et
précis le site des Hortillonnages d’Amiens. Jouant des
points de vue, des reflets sur l’eau, des proches et des lointains,
l’artiste donne de nouvelles dimensions aux jardins flottant.
L’argentin Carlos Kusnir met en scène façades
de maisons, intérieur d’habitations, motifs architecturaux
et objets dérisoires, comme s’il s’agissait de
décors de théâtre pour interroger la peinture.
Chez l’artiste Robert Wilson (metteur en scène), le
domaine du spectacle demeure étroitement lié à celui
des arts plastiques au travers notamment du dessin par lequel il
plante en 1982, de manière expressionniste, le décor
d’un futur projet d’opéra intitulée Médéa.
Il affirme, en 1976, à propos d’une de ses réalisations
théâtrales qu’il faut s’y rendre « comme
on irait au musée, voir une peinture, apprécier la
couleur de la pomme, la ligne d’une robe, la qualité de
la lumière… écouter les images ».
Dessins de Carlos Kusnir, Barbara Camilla Tucholski, Robert Wilson.
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