Le Frac
des Pays de la Loire invite l'artiste canadien Brian Jungen à investir la salle Jean-François
Taddei du 14 mars au 14 juin 2009. Il présente, pour sa première
exposition individuelle en France, une création originale
réalisée dans le cadre d'une résidence dans
les ateliers du Frac en février et mars 2009
Né à Fort St. John au nord-est de la Colombie-Britannique
en 1970, d'une mère d'origine « native » et un
père d'origine suisse allemand, Brian Jungen obtient son diplôme
du Emily Carr Institute of Art and Design en 1992. Il s'établit à Vancouver
après avoir séjourné à New York. En 2002,
il reçoit le Sobey Art Award, le prix le plus important remis à un
canadien de moins de 40 ans.
En 2005, son travail est
présenté au New Museum of
Contemporary Art, New York, puis l'année suivante au Witte
de With à Rotterdam, à la Tate Modern, Londres, au
Musée d'Art contemporain de Montréal ainsi qu'à la
Vancouver Art Gallery. En France, son travail est découvert
lors de la Biennale de Lyon en 2007.
Après avoir vécu dans une réserve du centre-ouest
canadien, élevé par ses grands parents, le jeune Jungen
s’est imposé dans la sphère artistique internationale
dans un contexte sociologique, anthropologique et philosophique marqué par
les « cultural studies *». Son art se nourrit de l’observation
approfondie de la culture de consommation contemporaine et de son
lien avec la nation Dane-Zaa du nord de la Colombie-Britannique.
Brian Jungen fait de sa double culture le fondement principal de
son travail. Par l’utilisation de divers matériaux,
l’artiste Brian Jungen propose une lecture critique de la modernité ainsi
qu’une analyse sociale des produits de consommation. Son œuvre
opère un nouveau rapport à la sculpture, recontextualisant
la forme dans son histoire moderne. Par exemple les vingt trois-masques
de l’artiste connus sous le nom de Prototypes for New Understanding
(1998-2005) font l’objet d’un assemblage hétéroclite
de différents univers et de différentes cultures. Considérées
comme l’un des symboles les plus visibles de la mondialisation
consumériste, les mythiques Nike Air Jordan, découpées
et réassemblées, se croisent, de manière presque
humoristique, avec la mémoire des cultures dites « premières »,
matérialisée par ces masques cérémoniels
aborigènes de la côte nord du Canada. Développant
cette même idée à travers les « totems » qu’il
réalise à partir de sacs de sport, Brian Jungen conçoit
un nouvel objet hybride à partir de matériaux de grande
consommation pour recréer l’un des emblèmes des
cultures indiennes.
L’artiste canadien explore également la tension qui
existe entre la société de consommation et les cultures
et territoires indigènes sur lesquels elle se développe.
Ainsi, non sans ironie, Brian Jungen réunit des concepts paradoxaux
dans l’œuvre intitulée Cetology (2002). Recyclant
des chaises de jardin en plastique, il utilise des objets industriels
pour les transformer en squelette de baleine boréale. Serait-ce
l’incarnation pure et simple d’une espèce animale
en voie de disparition ou bien les restes d’une civilisation
perdue ?
*Les
cultural studies constituent un courant de recherche apparu en
Angleterre en 1960 qui s'est fortement développé au
début des années 1990 dans le monde anglo-saxon et
en France. à la croisée de plusieurs disciplines, elles
se développent en parallèle des études post-coloniales
et s'intéressent particulièrement aux relations entre
culture (notamment culture de masse) et pouvoir. |