Julije Knifer est né à Osijek en
Croatie, au nord de Zagreb, à trente kilomètres de
la frontière hongroise. Il est, dit-il un peu serbe, un peu
croate, un peu juif, un peu anglais : il est européen en somme.
Mais toute sa vie, et son art, sont marqués par l’expérience
des limites, qu’il s’agisse de les transgresser pour
voyager, ou au contraire d’en envisager le cas extrême
dans ses tableaux. Dans ce paradoxe incessant s’est développé sa
démarche artistique.
Son oeuvre est construite sur deux rythmes, celui
du noir et blanc, et sur l’horizon et le vertical, peinture sur la toile ou dessin
sur des papiers spécialement choisis pour leur densité,
lourds et rugueux, tantôt exécutés à la
mine de crayon doux ou avec de la graphite à la texture métallique.
D’abord membre du groupe d’inspiration néo-dadaïste « Gorgona » à Zagreb,
Julije Knifer radicalise son travail au tout début des années
soixante : désormais ses tableaux et ses dessins reconduiront
un même type de compositions faites de masses noires peintes à l’huile
ou à l’acrylique, ou « dessinées » par
pressions superposées de graphite, et rythmées par
les espaces laissés vierges. Ces espaces apparaissent souvent
comme des fissures dans des plans dont le poids visuel concourt à leur
donner une matérialité. Parfois ce sont des entrailles
dans la suprématie du noir dans lesquelles le regard se fraye
un passage. Souvent Julije Knifer utilise un signe comparable à un
méandre : des lignes verticales et horizontales serpentent
au sein des masses sombres, allusion à un motif décoratif
permanent de l’art grec antique. Pour Knifer, ce motif traduit
un rythme, une vibration, à chaque instant changeant. Il scande
une forme, ordonne la composition, que ce soit celle d’un vaste
tableau ou d’un dessin. Le méandre structure l’espace,
il en devient l’ossature. A partir de lui, les masses s’écartent,
s’allègent.
Le noir de Knifer n’est cependant pas un trou noir dans lequel
s’effondrerait un geste en pure perte, c’est un noir
instable, parfois fissuré par l’effet de l’éclair
blanc, parfois équilibré par cette brèche. A
l’écart de toute mode, ne se bâtissant que de
sa propre exigence austère, le travail de Knifer reste un
exemple d’intégrité artistique.
Knifer est un artiste tout à fait singulier ; il fait partie
de ces artistes dont l’œuvre apparue dans les années
soixante continue aujourd’hui de se développer avec
une vitalité qui nous apparaît sans cesse renouvelée.
Son travail a été mis à l'honneur lors de la
Biennale de Venise 2004.
Julije Knifer est né en 1924 à Osijek en Croatie et
décédé en décembre 2004 à Paris.
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