À la fois sculpteurs, architectes et archéologues,
Anne et Patrick Poirier ont débuté leur oeuvre en explorant
des sites et des vestiges issus de civilisations anciennes. Leurs
travaux sont une exploration de l’histoire à travers
des cités réelles ou imaginaires. Ils soulignent la
permanente fragilité de la mémoire et traduisent la
volonté des artistes de la préserver.
Le caractère multiforme de leur travail composé d'herbiers,
de dessins, de carnets de notes, de photographies et de maquettes,
apparaît pour la première fois dans l’oeuvre Ostia
Antica (1969) suite à leur séjour à la Villa Médicis
et notamment à la découverte de l’ancien port de
Rome. C’est à travers la réalisation d’une
maquette du site archéologique que les artistes parviennent à exprimer
le plus clairement la problématique de leur démarche
artistique.
«
Ce qui m’intéressait aussi c’était de découvrir
le côté architectural, comment les choses s’organisaient
entre elles, comment on construisait un théâtre, un temple,
pourquoi tant de colonnes, [….] nous étions arrivés
véritablement à créer un archétype. A partir
d’Ostia nous nous sommes intéressés à la
ville comme cerveau [….] car cela n’est pas uniquement
mécanique mais c’est complètement mental.1 »
Cette recherche devient l’axe fondamental d’oeuvres importantes
qui suivent, telles Domus Aurea (1976-1977), Jupiter et les Géants
- Paysages Foudroyés (1982-83), Mnémosyne (1990-1991).
Depuis les années 2000, leur exploration de la mémoire
ne se concentre plus uniquement sur l’archéologie mais
se matérialise aussi dans des installations architecturales
plus conceptuelles. Dans l’Ame du voyageur endormi (2002), la
Casa Memoria (2005) et le Fabbrica della Memoria (2006), le visiteur
entre dans des dispositifs qui schématisent l’organisation
de la mémoire. Par des inscriptions dans des cases, écrites
sur des murs ou au sol, les mécanismes de la mémoire
sont identifiés et classés afin d’en comprendre
le fonctionnement. Qu’il s’agisse d’une volière
en forme de cône géant, d’un espace ovale compartimenté ou
d’un pavillon en pierre dans un parc, ces oeuvres récentes
manifestent une réflexion psychanalytique plus marquée.
Pour leur nouvelle exposition à la JGM. Galerie, Anne et Patrick
Poirier présentent une installation spectaculaire qui prolonge
leurs recherches plus récentes. Il s’agit d’un pavillon
entièrement bâti de miroirs qui comporte des inscriptions évoquant
les « mécanismes » de la mémoire. En y pénétrant,
le visiteur voit son image et les inscriptions se superposer et se
démultiplier à l’infini. La Fabrique de la Mémoire
agit ainsi comme une hétérotopie, comme un « lieu
hors de tout lieu2 » pour reprendre Michel Foucault. Un lieu
qui de l’extérieur est le reflet de ce qui l’entoure
mais qui à l’intérieur est un abyme où l’on
est confronté à l’infini complexité de la
compréhension de soi.
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