Arthur Aillaud, Pierre Buraglio, Marie-Claire
Bugeaud, Michel Duport, Guy de Malherbe, Mikko Paakkola
Exposition à la galerie du 27 mars au 26 avril
Exposition au Lönnström Art Museum de Rauma,
Finlande,
du 15 mars au 1er juin
http://www.lonnstromintaidemuseo.fi
Le texte de Pierre Wat sur l'exposition Sextet
Sextet
Sextet : se dit d’une formation comprenant six membres. Ce
mot, qui est communément appliqué au domaine musical,
notamment aux formations de jazz vocal ou instrumental, peut s’appliquer à toute
situation où six personnes ou bien encore six objets en relations
sont considérés comme constituant une entité.
Dans un sextet de jazz, on trouve en général un batteur,
un bassiste, un pianiste, et diverses combinaisons parmi les instruments
suivants : guitare, trompette, saxophone, clarinette, trombone. Sextet
: nom donné par Pierre Buraglio – dont le goût
pour le jazz n’est plus à démontrer – à une
exposition de groupe dont il a choisi les participants. Arthur Aillaud,
Marie-Claude Bugeaud, Michel Duport, Guy de Malherbe, Mikko Paakkola,
et lui-même. Qui joue de la basse, qui joue du piano..? Y a-t-il
un clarinettiste ? On pourrait s’amuser à répondre,
bien sûr, mais ça serait faire fausse route, car ici,
pas de rôle figé, pas de hiérarchie, mais une
entité dont l’harmonie réside sur la réunion
d’alter ego. Chacun selon son instrument, répond, improvise,
réagit, reprend, et fait son solo. Arthur Aillaud peint d'étranges
paysages hantés de constructions dont on ne sait si elles
sont en cours d'élévation ou de destruction. Marie-Claude
Bugeaud dessine au pinceau comme on pourrait le faire avec des ciseaux.
Art de l'incision autant que de la couleur, tandis que Michel Duport,
dans ses volumes peints, trouve une autre manière de continuer à faire
de la peinture, sans rejouer l'histoire du tableau. Guy de Malherbe,
quant à lui, poursuit son travail sur les Dormeuses, figures
entre rêve et chute dont la mélancolie même est
une façon de dire ce que peut être la peinture. Mikko
Paakkola interroge la tradition de la grande peinture : cette question
du paysage qui, chez lui, devient surface tellurique, rude peinture
pour dire la force du monde. Et Pierre Buraglio...Il peint. Autrement
dit il approfondit sa recherche d'une peinture possible : un art
qui se constitue avec et contre les moyens de la tradition, un art
qui affronte le passé, violemment et amoureusement, pour revisiter
ce que celui-ci propose aux artistes : paysages, figures... Quels
rapports, entre ces six-là ? En quoi font-ils entité ?
Rien de plus dissemblable, visuellement, que Malherbe et Bugeaud,
Duport et Paakkola. Pourtant il y a bien des liens entre tout cela.
Au moins deux. Cette façon impure d'utiliser le médium
(Bugeaud), cette manière de revisiter l'histoire de la peinture
pour en livrer une version où la figure est hantée
de doutes sur sa propre existence (Aillaud, Buraglio, Malherbe),
ce rapport sensuel à la matière picturale qui est comme
la chair du monde (Paakkola), et puis cette réfutation en
acte de l'autonomie de la peinture au profit d'un jeu avec le mur,
d'une porosité entre l'oeuvre et son lieu (Duport)...tout
cela est lié. Car ce sont, chacun selon son inclinaison, autant
de critiques (parfois violentes, parfois murmurées) du vieux
dogme moderniste de la peinture comme art pur, du tableau comme oeuvre
intransitive, vouée à son auto-affirmation. Voilà la
musique que joue ce sextet : chacun à sa manière, chacun
avec les cinq autres. Eh puis il y a un second lien. Celui, peut-être,
qui dit le mieux le refus d'une pratique dont l'autonomie soit l'unique
finalité. Ce lien, c'est celui qui, en jazz comme ailleurs,
garantit le succès d’un sextet : l’envie de jouer
ensemble.
Pierre Wat
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